Témoignage de Brice Laccruche Alihanga : paroles d’un ancien acteur au miroir d’un système à bout de souffle

 Témoignage de Brice Laccruche Alihanga : paroles d’un ancien acteur au miroir d’un système à bout de souffle

Paris, 4 août 2025. L’intervention télévisée de Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet du président Ali Bongo Ondimba, a résonné comme une voix venue du passé. Un passé encore récent, encore trouble, mais désormais disséqué à mesure que la société gabonaise se redéfinit. À travers son témoignage, livré sur le plateau de TV5 Monde, c’est moins une revanche personnelle qu’un éclairage saisissant sur les mécanismes internes d’un régime arrivé à saturation que l’ancien haut fonctionnaire a semblé vouloir offrir.

Dans une posture mesurée, sans excès de langage, mais non sans gravité, l’ex-homme fort du palais présidentiel a esquissé le portrait d’un pouvoir où la loyauté se mesurait à l’aune de la soumission. « J’ai dit non au prince qui voulait devenir roi », a-t-il déclaré, évoquant un échange déterminant avec Nourreddin Bongo Valentin, héritier désigné d’un système qu’il qualifie aujourd’hui de “cartel”. Une phrase forte, mais révélatrice d’un climat politique que d’autres acteurs, civils ou institutionnels, avaient perçu sans pouvoir ou vouloir l’exprimer aussi clairement.

Ce type de témoignage, surtout lorsqu’il émane d’un acteur de premier plan, doit être reçu avec prudence, mais non sans attention. Il s’inscrit dans un moment démocratique singulier pour le Gabon : celui où la parole se libère, où les silences se fissurent, et où l’histoire récente s’écrit à plusieurs voix. En cela, les mots de Brice Laccruche Alihanga valent moins par leur charge polémique que par leur contribution à un effort de mémoire collective. Ils rappellent les tensions, les logiques de concentration du pouvoir, et les dérives auxquelles peuvent mener l’absence de régulation institutionnelle.

Car au-delà de la trajectoire personnelle brutale, marquée par l’emprisonnement, la maladie et le retrait c’est tout un mode de gouvernance qui se dessine en creux dans ce récit. Un mode où la proximité avec le pouvoir ouvrait des privilèges autant qu’elle exposait à des chutes spectaculaires. Un système où l’appareil étatique servait souvent de prolongement aux volontés privées, au détriment de la transparence, du dialogue et du sens de l’État.

Ce retour public de Brice Laccruche Alihanga intervient dans un contexte de refondation. Depuis août 2023, le Gabon explore les chemins d’un renouveau politique. Cette transition encore fragile appelle non seulement des institutions solides, mais aussi une mémoire assumée. Une mémoire qui ne se contente pas de juger, mais qui interroge : comment en est-on arrivé là ? Comment empêcher que l’histoire ne bégaie ?

La force de ce témoignage réside dans sa capacité à poser ces questions, sans manichéisme, mais avec la gravité que la démocratie exige. Il ne s’agit pas d’ériger des figures, ni de réhabiliter ou condamner, mais de comprendre. Et dans cette compréhension, la société gabonaise, ses institutions, ses médias, ses citoyens, trouvent l’opportunité d’un dialogue nouveau.

En cela, le temps du témoignage peut devenir un temps utile : non pas pour rouvrir les blessures, mais pour apprendre à ne plus les reproduire.

 

Justin Mbatchi 

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