Résistance politique : Jean Ping et la capitulation

 Résistance politique : Jean Ping et la capitulation

Lors d’une récente déclaration devant ses partisans en France, Jean Ping les a exhortés en substance à passer désormais à autre chose. Une exhortation entendue comme la fin de la résistance politique amorcée depuis le terme de la présidentielle de 2016, dont l’opposant continue jusqu’ici de réclamer sa victoire volée.

 

C’est un discours funeste, mieux, une messe de requiem politique que l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle a prononcée récemment à Paris en France. S’il s’est risqué à des déclarations qui suscitent la polémique, notamment lorsqu’il affirme avoir vu son rival Ali Bongo, armé d’une mitrailleuse, accompagné de l’ancien ministre français de la Défense, Jean Yves Le Drian, tirer sur son QG à partir d’un hélicoptère Puma dans la fameuse nuit du 31 août 2016, devant ses partisans, Jean Ping a, semble-t-il sonné la fin de la résistance. Et par là, la fin de son combat politique. Surtout lorsqu’il a affirmé être maintenant plus âgé (80 ans), donc n’ayant plus l’énergie nécessaire pour poursuivre la lutte pour l’alternance.

Cette mise au rébus volontaire n’est en réalité que la conséquence d’une conjoncture politique marquée par un brouillard complet à quelques semaines des élections générales du 26 août prochain. Après 7 ans de résistance au demeurant infructueuse, lâché par tous ses cadors de 2016 qui ont regagné le camp de son rival Ali Bongo, fossilisé par le poids de l’âge, avec son débit qui s’étiole, heurté par une opposition atomisée par l’affirmation des individualités trop prégnantes, Jean Ping n’a d’autre choix que de se mettre désormais au ban de la lutte pour l’alternance. Son « mandat électoral » étant fini, lui qui s’est toujours considéré comme le vrai président élu du Gabon en 2016.

Prêt pour une transition

Mais malgré ses critiques contre le régime d’Ali Bongo Ondimba qu’il qualifie de sanguinaire, peut-être pour la forme, Jean Ping semble aussi avoir adouci sa position, certainement assagi par des années d’assignation à résidence, le temps guérissant les douleurs et les peines, comme l’écrivait Blaise Pascal dans Les Pensées. Après avoir opposé tout ce temps un refus systématique à l’idée d’un dialogue avec le pouvoir, il se dit désormais prêt à une possible transition politique, à condition que celle-ci ait pour finalité de « refaire le Gabon, réconcilier les Gabonais ». 

Sauf que l’ancien président de la Commission de l’Union africaine reste vague sur ce qu’il entend par « refaire le Gabon » ou encore « réconcilier les Gabonais « . Ce qui pourrait confirmer les rumeurs qui circulaient sur un possible dialogue avec Ali Bongo en France, à l’initiative d’Emmanuel Macron, même si on se doute bien que cette rencontre ait pu avoir lieu entre les deux protagonistes, au regard notamment de la déclaration de Jean Ping qui accusait Ali Bongo de mercenaire, et de la réaction du parti démocratique gabonais qui doute de son état psychologique. Car on imagine mal deux personnalités qui s’attaquent par déclarations incendiaires, alors qu’il viennent même de dialoguer. 

Sauf si la stratégie d’un côté comme de l’autre vise à agir de manière à brouiller les pistes pour éviter tout soupçon à ce sujet. Dans tous les cas, cette capitulation de Jean Ping qui met un terme à sa résistance politique signifie aussi la fin de haricots pour un opposant dont les annales de l’histoire politique du Gabon ne retiendront sans doute que le souvenir d’un candidat unique de l’opposition, qui aura tenu la dragée haute à Ali Bongo Ondimba à la présidentielle d’août 2016.

 

 

CNN

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