Présidentielle 2023 : sans leader, l’opposition déboussolée

 Présidentielle 2023 : sans leader, l’opposition déboussolée

À quelque trois mois de la présidentielle qui se tiendra vraisemblablement fin août prochain, l’opposition, sans boussole, sans guide, semble se noyer. Entre les querelles de clocher, les scissions, les connivences et la délation, la possibilité de l’alternance tant clamée apparaît de plus en plus incertaine, à mesure qu’approche l’échéance.

Si l’alternance est jusqu’ici un besoin ardent, largement exprimé par les Gabonais aux différentes élections présidentielles, à en juger par les victoires au forceps du candidat du pouvoir, avec des scores très faibles, il reste que ce besoin est désormais compromis. Et pour cause, le sabordement de l’opposition encore embourbée dans des querelles intestines et dans des divisions achève désormais de convaincre de son incapacité à surmonter ses clivages, à travers une stratégie coordonnée de prise de pouvoir. Ce, d’autant que de son côté, le pouvoir déjà lancée dans la campagne quadrille le terrain avec la tournée républicaine du président Ali Bongo, les visites de terrain de ses ministres qui se replient tous les week-ends dans leurs provinces pour distribuer en son nom, des cuisses de poulet, sacs de riz, bouteilles d’huile, etc. À ce déploiement s’ajoutent des associations et autres mouvements apparentés qui sillonnent les milieux des jeunes pour leur demander de voter leur champion.

 

Horizon brouillé

 

Face à ce maillage de terrain par le pouvoir qui, comme à son habitude y déploie les gros moyens, l’opposition en est encore à s’étriper. Une déchirure accentuée par la scission enregistrée récemment au sein de Les Démocrates, deuxième force politique au parlement derrière le parti démocratique gabonais. Car en annonçant la création de son propre parti, Les Démocrates libres, Séraphin Akuré-Davain vient porter un coup de grâce à une opposition déjà à l’agonie et qui peine encore à sortir la tête de l’eau au milieu du gué.

À trois mois du scrutin présidentiel, les inquiétudes montent, les Gabonais, du moins ceux qui rêvent de l’alternance semblent désormais désabusés face à cette absence de coordination et de leader dans l’opposition. Même si certains leaders comme Alexandre Barro Chambrier soutiennent qu’en 2016, le front uni de l’opposition autour de Jean Ping ne s’était constitué qu’à deux semaines de l’élection, il reste qu’entre 2016 et 2023, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Soit 7 bonnes années qui ont rebattu les cartes et reconfiguré le paysage politique gabonais, les adversaires d’Ali Bongo étant devenus par la force des intérêts personnels, tous ou presque ses amis de circonstance, renforçant ainsi sa position pourtant précaire au départ. 

Tout cela au grand dam d’une opposition, qui visiblement, atomisée par la guerre des egos, ne semble pas prête à s’agglomérer autour d’une figure pour la cause commune de l’alternance tant vaticinée comme un slogan digne de formalistes. Tout cela aussi au mépris de la force des rouages du régime en place, dont l’obsession permanente est de ne pas perdre le pouvoir. 

À moins que l’opposition qui compte sur le simple vote du peuple ait décidé de favoriser cette conservation du pouvoir par le PDG. Car le peuple n’est qu’un troupeau d’individus à la dérive, en l’absence d’un leader capable de montrer la voie à suivre. C’est donc un horizon brouillé qui se dresse encore devant une opposition visiblement déboussolée.

 

CNN

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