Présidentielle 2023 : Mission d’observation de l’UE, la grande gêne

 Présidentielle 2023 : Mission d’observation de l’UE, la grande gêne

Le rapport-brûlot de la mission d’observation électorale de l’Union européenne à la présidentielle gabonaise de 2016, aura manifestement laissé des séquelles post-traumatiques, qui semblent encore angoisser le régime en place aujourd’hui.

 

Pour avoir pointé de nombreuses anomalies troublantes sur les résultats du scrutin du 27 août 2016, notamment ceux de la province du Haut-Ogooué dans le Sud-est du pays, la Mission d’observation de l’Union européenne (MOE) est en quelques sortes devenue persona non grata dans la relation de normalité retrouvée entre le Gabon et l’Union européenne.

De fait, le rapport de l’UE qui n’était pas du goût des autorités gabonaises, avait occasionné un froid diplomatique pendant trois ans entre les deux parties. Il aura fallu attendre 2019 pour voir la relation se réchauffer avec la reprise du dialogue à Libreville.

Au nom de la normalité diplomatique

Mais pardonner ne signifie pas oublier, dit-on souvent. Même après cette reprise du dialogue, le souvenir de ce rapport trouble hante encore les esprits. Et pour éviter que pareille situation ne se reproduise, le Gabon et l’Union européenne ont convenu depuis 2019, de mettre de côté, toute mission d’observation électorale. 

C’est bien pour le maintien de cette normalité diplomatique retrouvée. C’est ce qu’a expliqué récemment, un peu avec moue, Rosário Bento Pais, la cheffe de la Délégation européenne au Gabon.  L’institution qu’elle représente n’enverra pas des observateurs lors de la présidentielle qui doit se tenir en août prochain. Et pour cause, le gouvernement qui doit en faire la demande, comme en 2016 n’a plus jugé utile de le faire cette année.

Visiblement, le pouvoir semble toujours  gêné aux entournures par le rapport de MOE, qui doit encore le hanter comme un fantôme refusant de mourir. Le déploiement des observateurs de l’UE banni du terrain électoral gabonais, cette relation diplomatique un peu empreinte d’hypocrisie, peut donc poursuivre son cours. Car la diplomatie, comme le dit Patrick Lowie, « est la dentelle de l’hypocrisie« .

Sauf que ce refus du Gabon alimente des interrogations et des doutes. La mission d’observation électorale de l’UE refusée, serait-ce alors la porte ouverte à toutes les irrégularités ? Va-t-on assister à l’organisation d’un scrutin à huis clos ? Les missions d’observation de la CEEAC et de l’Union africaine par exemple, auront-elles les coudées franches pour statuer objectivement sur le déroulement du scrutin, surtout quand on sait la longévité au pouvoir de la plupart des régimes dans la sous-région ? 

En attendant des réponses à ces interrogations, une chose est désormais manifeste, l’exclusion de la mission d’observation européenne après son rapport de 2016, pourrait être vue comme un signe de panique pour le gouvernement.

 

 

CNN

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