Pénuries et flambées des prix dans le Haut-Ogooué-Lolo : conséquence d’une dépendance au train entretenue

 Pénuries et flambées des prix dans le Haut-Ogooué-Lolo : conséquence d’une dépendance au train entretenue

Depuis l’inauguration par Omar Bongo Ondimba du dernier tronçon Lastoursville-Franceville, le 30 décembre 1986, avec ses 648 km, le chemin de fer Owendo-Franceville qui traverse 5 des 9 provinces du Gabon est resté jusqu’ici la seule voie d’accès plus ou moins fiable aux provinces de l’Ogooué-Lolo et du Haut-Ogooué dans le sud-est du pays.

Faute de route bitumée et praticable en toutes saisons depuis plus des décennies, c’est par train, seul cordon ombilical avec la capitale Libreville que les provinces du sud-est, l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué sont desservies en marchandises et autres produits vivriers.

Une dépendance au train qui crée régulièrement des pénuries des produits de consommation courante et leur lot de flambées de prix. Les opérateurs économiques qui tentent l’aventure de la route avec leurs marchandises pour essayer de contourner ce monopole du train avec ses déraillements fréquents, finissent embourbés et passent des jours, voire des semaines dans la vaste forêt qui recouvre l’essentiel du territoire. C’est souvent grâce à la solidarité des routiers qu’ils finissent par être remorqués après un calvaire indescriptible.

Que ce soit par Ovan-Bouée-Makokou, par la Lopé-Lastoursville, ou encore par Mimongo-Koulamoutou, le scénario des dizaines de camions bloqués et enchevêtrés dans des mares de boue, avec des tonnes de marchandises est le même.

Échec de la politique routière

De gouvernement en gouvernement, aucun n’a eu jusqu’ici l’idée salvatrice de travailler cette route vitale pour le pays.

Lors de sa campagne présidentielle en 2009, le président Ali Bongo Ondimba avait promis de travailler la route économique, encore appelée la Transgabonaise. Faute de réalisation, la promesse a été reconduite pour le second mandat finissant. Néanmoins, une nouvelle annonce du projet, lors de son discours à la nation du 16 août 2019 est accueillie comme une nouvelle promesse du Chef de l’État gabonais.

Seulement, depuis le lancement des travaux en 2020, des inquiétudes se font de plus en plus jour pour ce chantier dont la livraison est prévue pour cette année 2023. En cause, le rythme des travaux qui avancent presqu’à pas de tortue.

Fausse dépendance au train

Avec l’interruption du trafic de train qui exacerbe ces pénuries et flambées de prix dans toutes les localités des provinces de l’Ogooué-Lolo et Haut-Ogooué, le gouvernement qui reçoit là en plein visage, l’échec de sa politique de construction des routes, a annoncé le déploiement de l’armée. Un pis-aller qui ne sera sans doute pas à la hauteur des longues files d’attente qui se forment déjà devant les magasins. Pas plus qu’il ne va certainement pas plier l’échine des opérateurs économiques véreux habitués à la spéculation à cause du mauvais état de la route.

Encore qu’on ignore réellement la mission même de l’armée dépêchée sur le terrain. Est-ce pour distribuer gratuitement des vivres et du gaz butane aux populations qui en manquent depuis bien avant l’arrêt même du trafic ferroviaire ? Où est-ce pour ravitailler les magasins vides ?

Là encore, le président Ali Bongo Ondimba qui a annoncé jeudi ce déploiement, ne donne aucun détail.

Mais toujours est-il que cette dépendance au train qui coûte cher aux populations de l’Ogooué-Lolo et du Haut-Ogooué soulève aujourd’hui des questions. Pourquoi le chemin de fer est-il resté jusqu’ici la seule voie d’accès plus ou moins fiable à ces localités ? Pourquoi n’a-t-on pas pensé à construire la route en plus des rails ? Est-ce pour éviter une éventuelle concurrence qui pourrait mettre en mal des parts d’actions à  SETRAG, la société d’exploitation du Transgabonais ?

Ces interrogations sont d’autant pertinentes qu’il paraît pour le commun des Gabonais incompréhensible qu’on ait réalisé le chemin de fer qui a coûté plus de 1000 milliards de FCFA, et qu’on ne soit pas parvenu dans le même temps à construire une route économique qui aurait pu coûter beaucoup moins que ça. D’où le soupçon toujours tenace d’une dépendance au train voulue et entretenue.

CNN

Related post