PDG : Que reste-t-il des enfants prodigues ?

 PDG : Que reste-t-il des enfants prodigues ?

Devant le gouvernement et la hiérarchie du PDG, Jean Eyeghe Ndong a fait volte-face samedi 4 mars, en annonçant, sans surprise, son retour au parti démocratique gabonais au pouvoir. C’était au cours d’une déclaration politique dans le deuxième arrondissement de Libreville. L’ancien Premier ministre rejoint ainsi les rangs de tous les enfants prodigues qui sont revenus avant lui à la « maison du père ».  Mais que valent encore réellement ces militants  » ballottés au gré d’intérêts personnels  » ?

Il avait pourtant annoncé lors d’une causerie politique au quartier Cocotiers, l’année dernière qu’il préférait soutenir la candidature d’Ali Bongo Ondimba ailleurs que dans le PDG. Jean Eyeghe Ndong,  » l’homme des volte-face » n’aura pas tenu longtemps pour revenir sur sa parole. En annonçant samedi 4 mars son retour dans la maison, l’ancien Premier ministre d’Omar Bongo, qui a d’ailleurs fait un réquisitoire funeste de l’opposition, a voulu s’inscrire dans la démarche qu’il a adoptée depuis 2021. Privé de ses avantages d’ancien  Premier ministre du fait de son activisme dans l’opposition, Jean Eyeghe Ndong qui, jusqu’en 2020, qualifiait encore Ali Bongo  Ondimba d’usurpateur, l’accusant d’avoir volé la victoire de son ancien mentor Jean Ping à la présidentielle de 2016, avait finalement obtenu une audience auprès du président Bongo. 

C’est à la suite de cette audience que le désormais ancien soutien de Jean Ping  avait annoncé son ralliement au pouvoir. Il sera par la suite nommé Haut-commissaire de la République. En annonçant sans surprise son retour au parti démocratique gabonais dont il avait démissionné à la suite du décès d’Omar Bongo en 2009, Jean Eyeghe Ndong a voulu demeurer dans cette cohérence de rapprochement avec le pouvoir. Surtout dans la perspective du scrutin présidentiel de cette année, au regard du vote frondeur de Libreville qui vote toujours contre le candidat du PDG. 

Pour lui, l’enjeu est de continuer à bénéficier du traitement réservé aux anciens chefs du gouvernement.  Encore que les autres anciens soutiens de Jean Ping comme René Ndemezo’o l’ont fait avant lui en faisant absorber leurs partis politiques par le PDG. La fameuse fusion-absorption. Il ne serait donc pas le seul à être couvert d’opprobre, la politique sous les tropiques étant plus une affaire d’intérêts personnels que d’idéologie à défendre.

 

Des poids-plumes ?

 

Mais que valent encore réellement ces personnalités « ballottées au gré d’intérêts financiers » ? Une fois revenus au PDG dont ils ont gravement terni l’image sur la place publique comme le mal absolu du Gabon, de quelle crédibilité jouissent encore ces opposants pourtant acclamés hier par un peuple en quête d’alternance ? Entre le PDG dont ils ont démissionné avec fracas en 2009 et 2016, et le PDG actuel, quels changements notoires les ont convaincus de ce retour ? La démocratie tant réclamée, y est-elle instaurée désormais ? Le pays, s’est-il développé ? Pourront-ils y rester en cas de bascule de pouvoir à l’opposition ?

Ce questionnement mérite d’être posé au-delà de l’enthousiasme que suscitent ces retours tonitruants dans le cercle du pouvoir. Lequel s’est engagé dans une entreprise de démolition de l’opposition pour s’assurer une victoire incontestable au soir de l’élection de cette année (le retour au scrutin à un tour en dit long sur l’inquiétude qui y règne.). Personne, aujourd’hui, ne peut quantifier le poids politique, du moins ce qu’il en reste de ces leaders qui reviennent à la « maison du père » après l’avoir honnie et diabolisée. Car il est vrai que ces retours au PDG relèvent avant tout des initiatives individuelles que collectives de tous les militants de l’opposition, qui les ont acclamés pour leur sortie du parti au pouvoir. 

Ainsi, rien à ce stade ne garantit que les retours en grâce de Ndemezo’o, d’Eyeghe Ndong, de Massavala Maboumba  et tous les autres opposants ayant rejoint le pouvoir depuis l’ouverture de ce mercato politique, changeront la tradition du vote dans des localités traditionnellement acquises à l’opposition. Gare donc au triomphalisme avant l’heure.

 

 

CNN

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