Les Démocrates : la fin de l’histoire ?

C’est la question que se posent désormais les Gabonais, alors que le parti de Guy Nzouba Ndama est confronté depuis un an à une vague de démissions qui s’accentuent à mesure qu’on s’approche des élections générales du 26 août 2023. Surtout avec le récent départ de Jonathan Ignoumba, le quatrième vice-président de l’Assemblée nationale, qui a annoncé ostentatoirement son retour au parti démocratique gabonais au pouvoir.
Jusqu’ici considéré comme la deuxième force politique du Gabon au parlement, derrière le parti démocratique gabonais, Les Démocrates vit certainement ou a certainement entamé sa phase d’agonie. Et pour cause, le parti de Guy Nzouba Ndama est confronté à un débauchage ambiant, à l’instigation du pouvoir qui a décidé de décapiter l’opposition en échange des nominations aux postes de responsabilité à tous les transfuges au profit du PDG.
Humilié en direct avec ses mallettes d’argent, aux prises avec la justice, Guy Nzouba Ndama, assigné à résidence, voit ses ambitions présidentielles voler en éclats. Mieux, l’ancien président de l’Assemblée nationale gabonaise, assiste, tricard et impuissant au déclin de son parti LD qui se vide à une allure inquiétante au profit du pouvoir, le mercato politique faisant rage dans un contexte électoraliste encore incertain. Contexte marqué par l’ingéniosité du pouvoir dont la stratégie est d’atomiser une opposition en manque de tutelle avant la tenue même des élections générales du 26 août prochain, l’objectif insidieux étant de disposer d’un boulevard sans encombre aux prochaines élections.
Car en clamant au président Ali Bongo : « Cher grand frère, je ne pouvais pas vous refuser cela », lors de sa campagne électorale déguisée en tournée républicaine dans la Nyanga le 12 juin dernier, Jonathan Ignoumba, député de Mongo/Moulengui-Binza laisse entendre que sa démission du parti d’opposition Les Démocrates, lui a été suggérée par le régime qui devrait le récompenser prochainement par une nomination à un poste de responsabilité.
En finir avec Les Démocrates
L’homme qui dit rallier d’autres élus du parti à sa cause, a même proposé à Ali Bongo, un accord pour le moins surprenant : la fusion-absorption de Les Démocrates par le parti démocratique gabonais, faisant ainsi fi de ce que pourrait penser le président du parti, Guy Nzouba Ndama dit Mokombo lui-même. Un deal refusé par les élus concernés qui ont dit rester fidèles au LD, du moins en apparence. Car certaines sources avancent que le Sénateur du département de la Douigni (Moabi), Olivier Mavouroulou qui a refusé publiquement de suivre Jonathan Ignoumba serait en réalité de connivence avec ce dernier.
Mais toujours est-il qu’en seulement un an, le parti Les Démocrates a déjà enregistré les démissions de Jean Norbert Diramba, Jean Pierre Doukaga Kassa, Léon Paul Ngoulakia, Martin Moulengui Mabende, Vincent de Paul Ella Menie, Maxime Ondimba, Séraphin Akuré-Davain et maintenant celle de Jonathan Ignoumba.
Une hémorragie qui entame désormais la représentativité d’un parti jusqu’ici considéré comme première force d’opposition au parlement, du moins ce qu’il en reste dorénavant.
De toute évidence, quelle que soit l’interprétation à laquelle elle pourrait donner lieu, cette démission de Jonathan Ignoumba qui occupait jusqu’ici le poste de quatrième vice-président de l’Assemblée nationale, bouscule sérieusement les fondations d’un parti devenu progressivement l’ombre de lui-même. Mais au-delà de LD dont semble se dessiner désormais la fin de l’histoire, c’est aussi un coup dur porté à une opposition perlée et toujours sans figure tutélaire, à quelques semaines des élections générales.
CNN