Justice gabonaise : l’affaire Opiangah, un revers pour la crédibilité de l’institution judiciaire ?

Libreville, le 13 mai 2025. Alors que le Gabon s’engage résolument sur le chemin d’un État de droit rénové sous la Ve République, la récente décision de la Chambre d’accusation dans l’affaire Hervé Patrick Opiangah soulève de sérieuses interrogations quant à l’indépendance et à la cohérence de notre système judiciaire.
Après plusieurs semaines d’attente, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Libreville, présidée par Ulric Arnol Nzoundou Bignoumba, a décidé de rejeter la demande de non-lieu introduite par les avocats de l’ancien ministre des Mines. Motif évoqué : l’absence de l’intéressé à sa convocation devant le juge d’instruction. Une justification qui, à première vue, pourrait sembler recevable. Mais en grattant sous la surface, de nombreuses voix, y compris au sein du corps judiciaire, s’inquiètent d’une décision perçue comme juridiquement fragile et humainement contestable.
Car au-delà du débat procédural, c’est toute la question de l’équité et du bon fonctionnement de la justice qui est en jeu. Dans un dossier sans victime identifiée, sans infraction clairement constituée, et où la personne prétendument lésée, la propre fille d’Hervé Patrick Opiangah, a publiquement réfuté les accusations, la poursuite de la procédure semble alimenter l’idée d’un acharnement, voire d’une instrumentalisation de l’appareil judiciaire à des fins obscures.
Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a cessé de plaider pour une justice forte, indépendante et respectueuse des droits des citoyens. Pourtant, la position de la Chambre d’accusation, en l’espèce, semble s’écarter de cette vision. En validant une instruction contestée, malgré l’absence d’éléments à charge solides, cette juridiction entretient le malaise et ébranle la confiance des Gabonais dans la capacité de leur justice à se réformer.
Certains magistrats n’hésitent plus à parler d’une « justice sous influence », où les décisions, au lieu de refléter la sérénité du droit, révèlent les hésitations d’un système encore pris dans des logiques de pouvoir, d’opacité et de pression. Et ce malaise dépasse les murs des palais de justice : il touche les citoyens ordinaires, les justiciables, les avocats, et tous ceux qui croient encore en la promesse républicaine d’une justice au service de tous.
Dans ce contexte, la possibilité d’un recours devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des Peuples est évoquée. Une issue symbolique, mais aussi révélatrice d’un désespoir grandissant face à une institution nationale qui peine à incarner pleinement son rôle de rempart contre l’arbitraire.
Le Gabon mérite une justice à la hauteur de ses ambitions nouvelles. Une justice qui ne sacrifie pas l’équité sur l’autel de considérations étrangères à la loi. Une justice qui ne se contente pas d’appliquer des procédures, mais qui cherche à rendre, réellement, justice.
Justin Mbatchi