[Gabon]Promenade d’Ali Bongo à Libreville : et maintenant ?
Le 4 novembre dernier, le président Ali Bongo Ondimba est sorti inopinément dans les rues de Libreville pour dit-on aller constater par lui-même, l’état désolant des routes de la capitale gabonaise. Seulement, à Libreville, nombreux s’interrogent sur les suites véritables de cette visite qui n’est pas la première du genre.
Est-ce réellement la fin du calvaire pour les populations de Libreville ? Le président Bongo ayant déjà constaté de ses propres yeux la souffrance quotidienne de ses compatriotes à Libreville, ces derniers peuvent-ils désormais espérer une transformation à court terme de leurs quartiers du moins, ceux qui ont été visités par Ali Bongo Ondimba en personne ?
Va-t-il exiger la reddition des comptes au sujet des travaux jamais achevés ? Que peut-on véritablement attendre de cette promenade qui n’est pas la première pour le Chef de l’Etat ?
À Nzeng-Ayong, Alibandengue, IAI, aux PK 5, 6, 8, dans tous ces quartiers visités par le dirigeant gabonais, toutes ces interrogations, naturellement, laissent perplexes. Mieux, elles suscitent des positions mitigées. Et même si certains veulent y croire, donnant du crédit à cette descente en personne d’Ali Bongo lui-même qui était accompagné pour la circonstance de son Premier ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda et du ministre des infrastructures, Léon Armel Bounda Balonzi, ceux habitués à ce genre de scénario ne cachent plus leur pessimisme.
Pour eux, c’est une tournée de plus, sans lendemain. Surtout au regard des chantiers abandonnés et autres éléphants blancs partout à travers le pays.
Pourtant, si l’initiative de l’exécutif est peut-être louable, elle se heurte malgré tout à une réalité, c’est que les visites du président s’enchaînent, les engagements se multiplient, et malgré la volonté de rectifier le tire, il y a toujours comme un retour à la case départ, car on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop. Le Gabon, est comme tenu par une malédiction, malgré de bonnes intentions, des projets généralement entamés à coup d’éclat médiatique, mais qui finissent par toujours s’estomper sans qu’aucune raison ne soit apportée aux populations des quartiers ou localités concernés.
Des marchés publics passés dans une ambiance de magouille, des sommes parfois pharaoniques dégagés par le trésor public pour l’exécution des projets qui finissent le plus souvent en éléphant blanc sans qu’aucun contrôle, ni sur la qualité ni sur les dépenses ne soit enclenché pour fixer les responsabilités. Le tout couronné par une impunité à la limite déconcertante, toute la chaîne s’étant mouillé la barbe dans des dessous-de-tables. Dans ce contexte de corruption ambiante, difficile de restaurer la confiance des populations, qui assistent en victime expiatoire à cette triste réalité. Un manque de confiance qui, de facto participe à la décrédibilisation flagrante de l’action publique, mais au-delà, c’est l’image même du président de la République, le seul qui sera à la barre de l’opinion populaire en 2023, qui est en jeu à travers les fautes impunies de son sérail. Les balades de ce genre pourront alors se multiplier sans un incident véritable, si elles ne sont pas suivies de décisions d’envergure.
CNN