[Gabon]Dissolution du ministère des TP : une fuite en avant ?
Selon un décret présidentiel lu lundi soir par la première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda, le ministère des Travaux publics est dissous. La décision est officiellement motivée par le manque d’avancées notables dans la construction des routes programmées.
Aussi incroyable qu’elle puisse paraître, la dissolution du ministère des Travaux publics, de l’équipement et des infrastructures a été bel et bien actée par un décret du président Ali Bongo Ondimba lundi 12 septembre 2022.
Le décret pointe l’immobilisme de ce département ministériel dans l’avancement de nombreux chantiers de construction de routes et autres infrastructures.
Parmi ces chantiers, l’emblématique Transgabonaise, cette route longue de 780 km qui va traverser le pays du Nord-ouest au Sud-est. Son délai de livraison avait été fixé à 2023, une année électorale qui coïncide également avec la livraison de nombreux autres chantiers inscrits dans le cahier du PAT, le plan d’accélération de la transformation.
Mais à moins de quatre mois de 2023, le chantier lancé par l’ancien Premier ministre, Julien Nkoghe Bekale ne semble pas avancer au rythme souhaité.
Après plus de deux ans, on parle d’une exécution de moins de 20 % des travaux.
Récemment, le président Ali Bongo lui-même a fait savoir son mécontentement à sa première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda quant à cette lenteur déconcertante observée dans l’avancement des chantiers du PAT.
Une fuite en avant ?
Mais les têtes pensantes qui ont conseillé cette décision au président l’ont-elles bien réfléchie ?
Si le problème était l’incapacité personnelle du ministre Armel Bounda Balonzi à imprimer sa cadence (encore faut-il qu’on ait mis à sa disposition tous les moyens nécessaires pour y parvenir), pourquoi ne l’avoir pas simplement remplacé ?
En quoi la dissolution d’une administration aussi importante est-elle une solution à l’immobilisme observé dans la construction des routes et autres infrastructures qui n’avancent qu’à pas de tortue ?
Quel budget a-t-on mis à la disposition du ministre pour lui permettre de conduire ces chantiers dans les délais arrêtés ? Où est passé cet argent ?
Là-dessus, aucun détail n’est avancé, le décret ne se contentant que de relayer la « colère » d’Ali Bongo. Et peut-être qu’on en saura jamais davantage, « le bouc émissaire » ayant déjà été désigné ?
À l’évidence, la solution de transférer tous les services d’un ministère aussi vaste que celui des TP, avec toutes les subdivisions et les directions générales à la primature, ne fera qu’alourdir les procédures, créer plus de problèmes que de solutions.
Car la primature étant elle-même déjà engorgée, engluée dans la bureaucratie et autres lenteurs, on imagine mal comment elle pourra sortir la tête de l’eau face à ce serpent de mer qu’est la construction de routes et autres infrastructures pour enfin « fermer la bouche » à Armel Bounda Balonzi, si l’on admet que c’était lui le coupable.
D’aucuns pensent même à un pétard mouillé du gouvernement, qui au lieu de s’attaquer au fond des problèmes, choisit de les éluder simplement en donnant l’impression d’agir par des coups d’éclats. À moins qu’il s’agisse, là encore, d’une fuite en avant, comme c’est souvent le cas sous nos cieux.
CNN