[Gabon]Audit de la dette intérieure : des zones d’ombres   

 [Gabon]Audit de la dette intérieure : des zones d’ombres   

Après la découverte de plus de 370 milliards de FCFA de fausse dette, l’audit commandé par les autorités sur la dette de l’Etat vis-à-vis des entreprises locales, laisse néanmoins des interrogations pour l’heure sans réponses. Et pose un réel problème d’attribution des marchés publics au Gabon.

Comment expliquer qu’une telle dette, établie par des administrations étatiques, ait pu, à ce point comprendre autant de fraudes? Quel cadre administratif est à l’origine d’un tel scandale au moment où le Gabon fait face à une grave crise économique aggravée par la pandémie de Coronavirus ? Manifestement, tout porte à croire qu’il y a eu une chaîne de complicités parmi les décideurs.

Seulement, la question reste de savoir pourquoi ils n’ont pas encore été interpellés dans un Gabon qui se dit déterminé dans la lutte contre la corruption et les détournements publics. Pourtant, la gravité du scandale, s’il était avéré, est telle que, sous d’autres cieux, certains responsables d’administration auraient déjà fait l’objet d’interpellations. Soit! Toujours est-il que l’audit commandé par décret présidentiel du 20 juin dernier sur la dette intérieure de l’État, révèle que le trésor public a réglé jusque-là des sommes considérablement indues à la plupart de ces entreprises. 

Tout cela sur la base de fausses factures. Cet audit réalisé par des experts interdisciplinaires composés des Commissaires aux Comptes, des responsables des régies financières, des experts en Travaux publics, des Juristes, pour ne citer que ceux-là révèle que sur 70 % de dette auditionnée, soit plus de 559 milliards FCFA, 370 milliards relèvent de la fausseté. Mais sur un total de 650 milliards de FCFA de dette auditionnés, 440 milliards injustifiés ont déjà été annulés. En gros, l’essentiel de la dette due par l’Etat aux entreprises locales est faux. Le travail de ces experts s’est focalisé aussi bien sur des documents que sur des vérifications de l’exécution des travaux par des entreprises sur le terrain. 

Questions, sur quelle base cette fausse dette a-t-elle pu être établie ? Comment alors justifier que de tels montants aient pu échapper aux organes étatiques de contrôle ? Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas, par souci de transparence, publié la liste nominative des entreprises concernées par cette tricherie grandeur nature ?

Et si l’audit n’avait jamais existé ?

Question peut-être osée et déplacée, mais elle mérite néanmoins d’être posée. Surtout au regard du mystère qui règne dans ce dossier. Mais aussi surtout au regard des difficultés de paiement actuelles du gouvernement. D’ailleurs, pourquoi une dette datant de plusieurs années n’a-t-elle jamais été soldée par l’État ? Et pourquoi cet audit n’intervient que maintenant ? Pourquoi n’y avoir pas pensé dès le départ ? Serait-il une volonté ingénieuse du gouvernement, qui pour justifier l’insolvabilité de ses créances, cherche à user de fourberies sous le paravent d’audit ? À bien y regarder, il y a manifestement anguille sous roche dans cette affaire des milliards prétendument volés au nez et à la barbe de la justice. 

CNN

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