Gabon : transition et inquiétudes sur une régénérescence du régime déchu

La prise de pouvoir par l’armée qui, le 30 août dernier, a mis fin à 56 ans de règne de père en fils des Bongo, a largement été saluée par la population qui nourrit l’espoir d’un Gabon nouveau. Sauf que chemin faisant, les plus avisés, notamment certains acteurs de la société civile tirent déjà la sonnette d’alarme sur le risque d’une régénérescence du régime déchu.
Que ce soit à la présidence de la République, dans les autres institutions, les ministères et entités sous tutelle, certaines consultations et nominations dans le cadre de l’inclusivité de la transition suscitent parfois de l’étonnement et de l’incompréhension.
Des acteurs politiques et ceux de la société civile comme Marc Ona Essangui, Geoffroy Foumboula Libeka, pour ne citer que ceux-là, alertent sur le risque d’une remise en scelle du système Bongo-PDG. Lequel, telles les pièces d’un puzzle, pourrait se régénérer et continuer à se perpétuer, avec les mêmes ravages qui l’ont toujours caractérisé, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Car pour eux, il est incompréhensible que certains acteurs clés du régime déchu comme l’ancien premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze, l’ancienne vice-présidente, Rose Christiane Ossouka Raponda, les anciens présidents de la Cour constitutionnelle, Marie Madeleine Mborantsuo, du Sénat, Lucie Milebou Aubusson ou encore de l’Assemblée nationale, Faustin Boukoubi soient encore consultés ostentatoirement comme s’ils avaient encore quelque chose de nouveau à proposer au développement d’un pays dont ils ont participé pleinement à la destruction. Et cela à travers la validation des lois iniques et d’élections truquées qui sont d’ailleurs à la base du coup d’État du 30 août 2023.
Pour eux, même si la démarche de consultations tous azimuts du président de la transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema est à saluer, il ne faudrait pas qu’il soit induit en erreur par ces conseillers, notamment sur un quelconque rôle à jouer de ces reliques, piliers notoires de l’ancien régime et qui n’ont certainement pas encore rangé leurs « armes » dans leur lutte en sourdine pour la conservation et la perpétuation du pouvoir. D’où leurs appels et mises en garde contre une tentative de détournement de la transition par le régime déchu. Une transition pour laquelle l’opposition responsable et la société civile se seront battues toutes ces années. Il n’est donc pas question pour eux de se laisser voler ce changement, fruit de leur sacrifice pour le bien du pays.
Ndesali Komeni