[Gabon] Radiation de Jean Rémy Yama : le clou du bâillonnement programmé ?
En détention préventive depuis le 2 mars, Jean Rémy Yama, acteur de la société civile gabonaise, a été radié cette semaine de la fonction publique. Une démarche cavalière, sans ménagement du gouvernement qui émeut le SNEC, le syndicat national des enseignants-chercheurs dont Yama est le président.
La stupéfaction est grande, l’émoi général, quant à la folie punitive du gouvernement gabonais qui s’abat sur Jean Rémy Yama. Le syndicaliste en détention provisoire pour une affaire d’immobilier depuis le 2 mars dernier s’est vu récemment radié sans ménagement, sans compensation, des effectifs de la fonction publique.
Dans une déclaration vendredi, le bureau du SNEC, le syndicat national des enseignants-chercheurs, sous le choc, a dénoncé une radiation arbitraire de son président. Une décision en violation flagrante des textes en vigueur dans un Gabon dont-on clame tout le temps qu’il est un État de droit.
Un État de droit pour le cas d’espèce foulé au pied. Car le fonctionnaire étant régi par le statut général de la Fonction publique, son licenciement n’est possible que dans deux cas. Il faut que le fonctionnaire concerné ait préalablement fait l’objet d’un conseil disciplinaire de la part de sa hiérarchie qui siège en premier lieu. Ou alors, que le fonctionnaire ait abandonné son poste sans justification pendant trois mois. Or, à ce jour, ni l’un ni l’autre de ces deux cas n’a été constaté. Pire, lorsqu’un employeur licencie un employé, ce dernier doit au moins recevoir une notification. Ce qui n’a non plus été le cas.
Même si Jean Rémy Yama avait été radié pour trois mois d’abandon de poste, cette radiation enverrait un mauvais message pour un homme proche de la retraite et qui aura servi l’État toutes ces années en vain. D’autant qu’il est connu de tous qu’au Gabon, il y a des centaines, voire des milliers de fonctionnaires qui ne mettent pas pied au travail pendant des mois et des années.
État de droit bafoué, démocratie en danger
En le radiant de la fonction publique, le projet est clair : enlever sa légitimité d’actions à Jean Rémy Yama qui agit en sa qualité d’enseignant et dont l’intransigeance gêne gravement le gouvernement. Un gouvernement trop allergique aux voix discordantes, surtout lorsque celles-ci dénoncent son incapacité à tenir ses engagements dans de nombreux secteurs. Et cette méthode brutale employée pour mettre sous l’éteignoir la voix d’un syndicaliste, devenu la vraie bête noire du pouvoir sonne comme un avertissement pour tous ceux des autres syndicats radicaux qui oseraient marcher à rebours des insuffisances constatées du pouvoir.
Malheureusement, expression des revendications sociales et démocratiques, le syndicalisme est désormais en danger d’extinction critique au Gabon, un pays que les autorités considèrent pourtant comme un État de droit. Quelle ironie !
CNN