[Gabon] Propos de Jean Ping : Fausse panique au sommet de l’État
Pour avoir déclaré récemment qu’il allait chasser le président Ali Bongo Ondimba du pouvoir, avant même la tenue de la présidentielle de 2023, Jean Ping a attiré la colère des autorités en place. Celles-ci, visiblement embarrassées et paniquées par ces propos pourtant devenus coutumiers depuis 6 ans, accusent l’opposant gabonais ainsi que la chaîne française France 24 qui l’interrogeait, de projet séditieux.
Doit-on répondre à tout, y compris aux objurgations d’un opposant devenu l’ombre de lui-même au fil des ans ? En criant au loup, le pouvoir, visiblement paniqué, n’est-il pas en train de tomber dans le piège de Jean Ping qui, bien que devenu tricard, cherche là un simple moyen de faire parler de lui en remettant au goût du jour sa « victoire volée » et dont le mandat tire d’ailleurs à sa fin ? Le pouvoir, n’est-il pas en train de tomber dans le piège d’un leader qui esseulé et claquemuré dans sa résidence des Charbonnages, cherche un moyen de toucher encore à l’émotion populaire, en se faisant passer pour l’homme à abattre du régime, à l’aube de la présidentielle de 2023 ?
Ce questionnement est d’autant pertinent que l’ancien président de la Commission de l’Union africaine est en quelque sorte coutumier des déclarations et autres menaces en l’air. Tel « un chien qui aboie sans mordre ». Mais qui fait trembler un pouvoir visiblement gêné aux entournures dès qu’on évoque l’élection de 2016.
Fausse alerte
Pourtant, on se souvient encore du carnet d’adresses tant vanté, mais qui n’a jamais donné suite. On se souvient des réseaux de la Résistance organisée au Gabon et dans la diaspora, mais dont on ne sait plus ce qu’ils sont devenus. On se souvient de moultes promesses de « chasser Ali Bongo Ondimba », mais qui n’ont jamais été suivies d’effets pendant que les autres gouvernent.
La réalité est que le temps aidant, il s’est installé dans l’opinion, une sorte de résignation et de lassitude d’une contestation post-électorale qui n’a jamais osé franchir le Rubicon. À mesure que les années s’écoulent et que le mandat contesté s’achève progressivement, les Gabonais, acculés par le chômage et la cherté de la vie qui accablent leur quotidien, ont comme d’autres chats à fouetter désormais. Devant l’incapacité du pouvoir à améliorer leur bien-être et face à la couardise d’une opposition qui se saborde dans le silence et des compromis contre nature, ils semblent avoir émoussé leurs velléités contestataires, la présidentielle de 2016 étant désormais bien loin derrière eux.
Dans ce contexte, s’affoler outre mesure par des propos devenus coutumiers d’un Jean Ping « muselé », c’est en quelque sorte donner une fausse alerte, sauf si l’objectif est de divertir la population sur les échecs répétés du gouvernement.
CNN