[Gabon] Propos d’Anicet Koumba : le deux poids deux mesures du gouvernement

 [Gabon] Propos d’Anicet Koumba : le deux poids deux mesures du gouvernement

Pour avoir imputé la délinquance du Gabon à un groupe sociolinguistique, les fang, Max Anicet  Koumba, le président du Rassemblement des Gaulois a attiré contre lui les foudres du gouvernement et de la classe politique gabonaise. Mieux, son parti a été suspendu par le ministère de l’Intérieur. Mais si ces propos tombent automatiquement sous le coup de la colère populaire au regard de leur gravité qui menace la cohésion sociale, n’y a-t-il pas dans ce lynchage public un deux poids deux mesures ? 

Qu’il s’agisse des fang eux-mêmes qui ont déjà saisi la justice, de la classe politique et du gouvernement qui a suspendu dans la foulée le Rassemblement des Gaulois, les déclarations de Max Anicet Koumba ne passent pas. Car en désignant publiquement un groupe sociolinguistique comme responsable du sous-développement du Gabon, il ressuscite un malaise latent, le fameux « tout sauf les fang« .

Groupe majoritaire à plus de 32 % de la population gabonaise, les fang attirent souvent les velléités ethniques de certains autres groupes sociolinguistiques du pays, bien que ces critiques très marginales n’influent pas sur le vivre-ensemble gabonais.

Mais loin d’être un cas isolé, la question identitaire ne concerne pas que les fang. Elle cible également d’autres groupes comme les Téké, régulièrement accusés de prendre le pays en otage, et donc d’être responsables de la stagnation tous azimuts du pays. Surtout lorsque les manipulations grossières des résultats électoraux dans la province du Haut-Ogooué, avec des scores à la Soviétique de plus de 90 %, contribuent à la victoire du candidat du PDG (de l’ethnie Téké). Dès lors, les ressortissants de cette province deviennent des cibles privilégiées pour les autres groupes sociolinguistiques, décidés à en finir avec le pouvoir des Bongo.

Quid de Mathias Otounga ?

Au-delà du haro général suscité par les propos d’Anicet Koumba, et pour condamnables qu’ils puissent paraître, la réaction du gouvernement souffre d’un défaut d’impartialité. Elle est d’autant plus différenciée que le même gouvernement qui suspend le Rassemblement des Gaulois aujourd’hui n’a pas suspendu le ministre de la Décentralisation et de la Cohésion sociale, Mathias Otounga Ossibajouo, lorsqu’il a qualifié à Okondja, l’opposant Alexandre Barro Chambrier d' »ennemi », empêchant ainsi la tenue de son meeting dans la ville. Question : en quoi les propos de Mathias Otounga (Obamba) contre Barro Chambrier (Miene) sont-ils différents de ceux de Max Anicet Koumba contre les fang ? L’un et l’autre cas, ne mettent-ils pas en danger la cohésion sociale au Gabon ?

Ou doit-on croire que le discours identitaire n’est tolérable que lorsqu’il est porté par un partisan du pouvoir au bénéfice du pouvoir ?

CNN

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