[Gabon] Politique : la stigmatisation identitaire à l’aune de 2023

 [Gabon] Politique : la stigmatisation identitaire à l’aune de 2023

À moins de deux ans de la présidentielle de 2023 au Gabon, l’espace politique est de plus en plus pollué par des discours de haine, ciblant tel ou tel groupe d’être à l’origine du sous-développement du pays. Des discours inquiétants au regard de la dangerosité du déroulement de l’élection présidentielle, qui très souvent rime avec violence et mort d’hommes.

Tel un démon qui refuse de mourir, malgré les appels à la cohésion sociale, la stigmatisation des groupes sociolinguistiques resurgit depuis quelque temps dans les discours des responsables politiques, visiblement en manque d’argumentation crédible sur la dérive du Gabon.

Qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, ces acteurs n’hésitent plus à agiter l’éventail de la région et de l’ethnie pour expliquer le sous-développement du pays auquel ils ont pour la plupart contribué.

Après le ministre de la décentralisation, Mathias Otounga Ossibadjouo qui a empêché l’opposant Alexandre Barro Chambrier de tenir un meeting dans son fief à Okondja, après Max Anicet Koumba, le leader du Rassemblement des Gaulois (majorité), attribuant le mal du Gabon aux Fang, le tour est revenu récemment à l’ancien vice-président de la République, Pierre Claver Maganga Moussavou, qui lui, cible particulièrement les ressortissants de la province du Haut-Ogooué. Pour lui, tous les problèmes du Gabon sont imputables à cette catégorie de la population pour avoir occupé des postes essentiels dans l’appareil de l’État.

Dans leur coup de sang, quelques personnalités originaires du Haut-Ogooué rappellent à Maganga Moussavou que cibler une province en particulier, c’est avoir la vue courte. Car le mal du Gabon vient non pas d’une province. Mais plutôt d’un système politique organisé en caste et au sein duquel de nombreuses familles de toutes les régions du Gabon, y compris celle de Maganga Moussavou occupent des postes de père en fils, depuis Omar Bongo jusqu’à Ali Bongo Ondimba.

De l’huile sur le feu

Loin d’être un argument politique fiable à ajouter au débat de la déliquescence du Gabon, ce discours, qui cible des identités régionalistes, ne contribue qu’à inciter à la stigmatisation, à la haine de l’autre pour ses origines. Surtout lorsqu’il est alimenté par des leaders d’opinions, avec un tel degré de relais qu’il peut finir par créer un malaise indicible au sein de la société. Et cela, bien que les Gabonais ne soient pas fondamentalement un peuple enclin au tribalisme du fait des imbrications diverses.

Mais ce type de déclaration peut inciter les esprits facilement manipulables (comme il en existe toujours) à céder à cette facilité qui voudrait qu’on attribuât de manière systématique les dysfonctionnements ou les atermoiements de la gouvernance publique à un groupe spécifique, en excluant la responsabilité directe des responsables administratifs au pouvoir.

À moins de deux ans de l’élection de 2023, de telles déclarations constituent un levier dangereux pour accroître les clivages et les violences qui, très souvent, accompagnent le scrutin présidentiel au Gabon. Toute chose qui témoigne de la vacuité, mieux de la bassesse de l’argumentation politique de certains leaders. Lesquels semblent perdre la raison au fil du temps, en ayant recours à l’agitation de la pancarte ethnique quand ils n’ont plus rien de pertinent à proposer au débat.

CNN

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