Gabon/Permis de conduire : L’ombre d’un réseau mafieux à la Direction générale des Transports terrestres

Libreville, juillet 2025. C’est un mal qui gangrène silencieusement mais profondément l’administration publique : un réseau structuré de vente illégale de permis de conduire sévirait au sein même de la Direction générale des Transports terrestres (DGTT), relevant du ministère des Transports et de la Marine marchande. Des pratiques qui jettent une ombre inquiétante sur la crédibilité de l’institution et suscitent une onde de choc dans le secteur de la formation à la conduite.
Les premiers signaux d’alerte sont venus des auto-écoles elles-mêmes. Confrontés à une chute soudaine de fréquentation, plusieurs promoteurs et moniteurs dénoncent un « marché parallèle à ciel ouvert » du permis de conduire, orchestré selon eux par des agents internes à la DGTT. Une situation alarmante à laquelle l’ONG Stop Accident avait déjà tenté de sensibiliser l’opinion dans un communiqué publié dans les colonnes du quotidien L’Union (n°14.851), mettant en cause des réseaux mafieux bien ancrés dans les structures administratives concernées.
Selon plusieurs témoignages recueillis auprès de professionnels du secteur, les ramifications de ce trafic s’étendraient notamment au Centre national d’examens du permis de conduire, où certains agents s’adonneraient à des pratiques de courtage illégal. Les dossiers de candidature seraient récupérés directement auprès de particuliers dans les quartiers ou au gré de réseaux informels puis traités en dehors de toute procédure normale. En contrepartie, des sommes allant de 150 000 à 200 000 francs CFA seraient exigées pour l’obtention du précieux sésame, sans que les prétendants n’aient à passer par une auto-école ni à se soumettre à un quelconque examen.
Cette dérive institutionnelle, si elle se confirme, soulève plusieurs préoccupations majeures. D’une part, elle porte un coup dur aux auto-écoles agréées, désormais confrontées à une concurrence déloyale et à un assèchement progressif de leur clientèle. D’autre part, elle fait peser une menace réelle sur la sécurité routière, en mettant potentiellement au volant des conducteurs non formés, avec les risques d’accidents que cela implique pour l’ensemble des usagers de la route.
« Le Directeur général des Transports terrestres est à la retraite mais continue d’exercer, le directeur du permis de conduire et le chef administratif et financier doivent être suspendus, ce sont eux qui alimentent ce réseau mafieux. Ils se croient intouchables », a déclaré, sous couvert d’anonymat, un moniteur d’auto-école visiblement exaspéré.
Cette crise met directement à l’épreuve les engagements du gouvernement en matière de transparence administrative, de lutte contre la corruption et de moralisation de la vie publique. Le ministre d’État, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, est désormais interpellé. Il lui reviendra de prendre des mesures urgentes et structurelles pour désamorcer cette bombe à retardement. Car au-delà de l’image ternie de son département, c’est aussi la sécurité des Gabonais et la confiance des usagers dans leurs institutions qui sont en jeu.
En cette période de refondation de l’État prônée par le président de la République, le général Brice Clotaire Oligui Nguema, un assainissement rigoureux des pratiques internes à la DGTT serait non seulement salutaire, mais aussi conforme à la volonté affichée de tourner résolument la page des dysfonctionnements du passé.
La rédaction