[Gabon] Parlement : simple chambre d’enregistrement ?
C’est l’idée largement répandue ces derniers jours sur la toile, après les annulations successives par la Cour constitutionnelle, des mesures anti-Covid-19 du gouvernement gabonais. Pour le Copil citoyen à l’initiative de la saisine de la plus haute juridiction du pays, si ces mesures jugées liberticides prospèrent, c’est parce que le Parlement ne joue pas son rôle de contrôle de l’action gouvernementale.
Le Copil citoyen n y va pas par le dos de la cuillère. Si les mesures gouvernementales contre la COVID-19, mesures parfois disproportionnées par rapport à la réalité de la pandémie, ont prospéré jusqu’ici, c’est parce que le Parlement gabonais a démissionné de son rôle de contrôle de l’action publique.
Pire, certains parlementaires n’osent même pas franchir le Rubicon parce que traînant des casseroles des détournements d’argent, craignant ainsi des poursuites judiciaires, suspendues comme une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.
Après avoir obtenu de la Cour constitutionnelle, deux annulations successives des arrêtés prévoyant le nouveau train des mesures anti-Covid-19, le Copil citoyen dénonce l’inaction de l’Assemblée nationale et du Sénat, largement majoritaire au parti démocratique gabonais. Pour lui, les parlementaires sont devenus des représentants du PDG accrochés, tels des sangsues à leurs postes, et non des élus des citoyens dont ils tiennent pourtant le mandat.
Majorité godillot ?
Outre cette critique virulente du Copil citoyen, le Parlement gabonais dominé par une majorité archicomble du PDG est régulièrement accusé par des citoyens comme une simple chambre d’enregistrement des mesures gouvernementales, sans aucun débat.
Sur certaines grandes questions, on les a vu par exemple valider comme une lettre à la poste, l’autorisation de l’homosexualité, de l’adultère, etc. Certains députés PDG qui avaient voté contre ont été traduits en conseil de discipline du parti. Une sanction absolument abominable, contraire à l’éthique même d’un parlementaire, dénonce un député PDG qui avait préféré ne pas prendre part au vote.
Des votes sous la menace ?
Pourtant, au-delà de cette infamie générale qui couvre le Parlement gabonais aujourd’hui, certaines commissions font encore plus ou moins leur travail, elles rétorquent même certaines propositions de loi. Un travail qui manifestement agace dans les milieux du pouvoir. Conséquence, les membres de ces commissions jugées réfractaires sont souvent triés sur le volet pour telle ou telle question à l’examen, l’idée étant d’avoir des bénis Oui-Oui plutôt que des parlementaires critiques. Pire, certaines lois ne sont souvent votées que sous la menace d’un mot d’ordre venu d’en haut que sur la base d’un éclairage des débats parlementaires. Bref, en lieu et place de la démocratie, c’est le passage en force qui y règne, y compris par la menace des mesures de rétorsion en cas d’un vote contraire.
Quelques rares députés marginaux qui n’entendent pas se résoudre à cette dictature ouverte au nom de leur appartenance au PDG ont fait le choix de rester chez eux à la maison, dans le silence de leur résignation. Car pour eux, la mission du parlement a été dévoyée et que l’écrasante majorité du parti au pouvoir n’est désormais plus qu’une majorité à tout faire.
CNN