[Gabon] Opération « Libérez les trottoirs » : un cercle vicieux
Lancée le 20 juin dernier, l’opération « Libérez, les trottoirs », initiée par la mairie de Libreville se poursuit avec des destructions des commerces et autres installations jugées anarchiques en bordure de route. Et son lot d’abus aussi. Pourtant, cet événement, qui n’est pas le premier du genre dans la capitale gabonaise, n’a jamais véritablement connu un succès durable depuis des décennies.
Des pères et mères de familles, des jeunes débrouillards désemparés, qui assistent impuissants à la destruction de leurs petits commerces. D’une rue à une autre, la campagne de salubrité publique qui vise à dégager les trottoirs des étals et autres kiosques ne laisse que désolation derrière elle. Depuis des décennies, les opérations « libérez les trottoirs » ont été tellement nombreuses qu’on ne pourrait toutes les compter à Libreville.
Pourtant, malgré leurs bonnes intentions, ces opérations de déguerpissement n’ont jamais connu un succès remarquable. Entre brutalité et escroquerie, elles semblent s’enliser les unes après les autres, sans avoir atteint les objectifs pour lesquels elles sont initiées. D’abord, parce qu’elles manquent d’équité sur le terrain, donnant ainsi aux populations, le sentiment des actions qui ne concernent que de pauvres citoyens lambdas, lorsqu’elles épargnent les habitations des hautes personnalités dont les constructions ne respectent que très peu, la distance de dix mètres avec le trottoir.
À cela, s’ajoute la perception des taxes municipales par les agents de la mairie auprès de ces commerçants en bordure de route. Ces derniers en payant les taxes estiment être en conformité avec la mairie et donc autorisés à exercer sur ces espaces réclamés par l’État. Tout le paradoxe de l’opération est entretenu par la municipalité de Libreville elle-même.
Il y a visiblement comme un air d’imbroglio que la violence et la brutalité ne pourront résoudre. Car même en brûlant les marchandises des commerçants devant les caméras, l’ancien maire en prison, Léandre Zue, n’a pu résoudre le problème d’occupation anarchique. Il y a visiblement un effet de surplace enregistré dans la conduite de ces campagnes sur le terrain, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
Peut-être devrait-on revoir la méthode, afin de la rendre efficace. Cela passe aussi par l’implantation des marchés à des endroits susceptibles de capter les clients. Mais surtout, en finir avec le deux poids deux mesures et le laxisme qui conduisent à l’éternel recommencement. Car on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop.
CNN