[Gabon] Mariages désacralisés : Matha et son traitement partiel

 [Gabon] Mariages désacralisés : Matha et son traitement partiel

Le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha a décidé de redonner désormais leur sacralité aux cérémonies de célébration des mariages qui, selon lui, ne ressemblent plus qu’à du folklore, loin des canaux, des standards juridiques au Gabon. Et il a décidé de ramener à l’ordre, les maires indélicats.

Au centre du viseur de Lambert Noël Matha, sans doute le maire  » Axel Jeson Ayenoue de la mairie du 4e arrondissement de Libreville « . Sa mairie a même été surnommée « la mairie du bonheur » au point qu’elle attire même des habitants d’autres arrondissements qui vont s’y marier. Axel Jeson est, en effet, réputé pour ses entrées spectaculaires, tel un artiste sur scène, lors des cérémonies des mariages qu’il célèbre. Sa mairie serait même parmi celles qui engrangent le plus des recettes liées à la célébration des mariages. Lesquelles recettes sont ensuite reversées à la mairie centrale de Libreville. Ce concept du spectacle est progressivement imité par d’autres maires pour coller eux aussi à la tendance des mariages du show. Pour le ministre de l’Intérieur, ça commence à faire trop. Ces mariages, c’est du folklore. Il faut donc revenir aux canaux, aux standards juridiques. Et il a décidé d’agir à la demande de la première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda.

Sauf que le gouvernement semble n’avoir qu’une vue étriquée du phénomène. Car attribuer la désacralisation des cérémonies des mariages aux seules gesticulations ou prestations des maires qui ajoutent certainement leur touche à l’événement, c’est en quelque sorte fermer les yeux sur les autres pans qui participent tous à la dégradation continue de ce caractère sacré du mariage au Gabon.

Parce que des présentations à la surenchère de la dot, avec ses différentes variantes (dot de nuit et dot du jour), en passant par des listes de matériels kilométriques, sans oublier la nouvelle sous-traitance des Cococo, le mariage est devenu une véritable industrie, mieux  » une escroquerie générale au bénéfice de la famille de la femme « , si bien que se marier aujourd’hui apparaît comme une épreuve redoutable pour de nombreux hommes aux revenus modestes.

Pourtant de 1963 à 2020, tous les mariages ou presque étaient conditionnés par le versement de la dot, quand bien même cette pratique était interdite en République gabonaise. Jamais le gouvernement n’en a été choqué, ayant lui-même les mains trempées dans le cambouis. Et malgré le plafonnement désormais de son montant à 1.500.000 FCFA, des débordements continuent d’être observés, sans que le gouvernement n’en soit outré outre mesure. Alors il devient impérial de se questionner sur les standards juridiques dont parle Lambert Noël Matha . Faut-il blâmer la prestation des maires qui n’est qu’un aspect du problème et excuser les autres débordements qui participent tous de cette dégradation du sacré du mariage au Gabon ? Agire ainsi, n’est-ce pas vouloir soigner une maladie par un traitement partiel ? N’est-il pas tant de réformer la pratique pour l’adapter aux évolutions sociales, économiques et traditionnelles ?

CNN

Related post