[Gabon] MALI/MÉDIAS : RFI ET France 24 SUSPENDUS PAR LA JUNTE

 [Gabon] MALI/MÉDIAS : RFI ET France 24 SUSPENDUS PAR LA JUNTE

La junte malienne a ordonné jeudi dernier la suspension de la diffusion de RFI et France 24, après la publication par ces médias français d’informations selon lesquelles l’armée malienne est impliquée dans des exactions contre des civils.

Dans un communiqué daté du mercredi 16 mars 2022 et publié jeudi matin, le porte-parole du gouvernement, le colonel Abdoulaye Maïga « rejette catégoriquement ces fausses allégations contre les vaillantes FAMa« , les forces armées maliennes. Le gouvernement « engage une procédure pour suspendre jusqu’à nouvel ordre la diffusion de RFI qui émet dans le pays sur la fréquence 98.5 MHZ et France 24« . Par la même occasion, le gouvernement de la République interdit toutes les radios et télévisions nationales, ainsi qu’aux sites d’information et journaux maliens, la rediffusion et,ou la publication des émissions et articles des médias sanctionnés. 

Pour Assimi Goîta et son gouvernement, les agissements de RFI et de France ressemblent, dans un passé récent, aux pratiques et au rôle tristement célèbre de la radio Milles collines dans un événement tragique survenu sur le continent. Pour motiver sa décision, le gouvernement malien fait référence à un reportage diffusé les 14 et 15 mars par RFI, dans lequel la radio a donné la parole à des victimes présumées d’exactions qui auraient été commises par l’armée malienne et le groupe de sécurité privé russe Wagner. Le communiqué fustige également une déclaration de Michèle Bachelet, Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme le 8 mars, dénonçant des « violations du droit international, des droits de l’Homme et du droit humanitaire» au Mali.

Le gouvernement de transition déplore aussi un rapport de l’ONG Human Rights Watch publié le 15 mars et qui dénonçait une « vague d’exécutions de civils » par l’armée malienne et les jihadistes dans le centre et le sud-ouest du pays. Ce rapport faisait état d’au moins 107 morts civils » depuis le mois de décembre.

À Paris, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé des « atteintes graves à la liberté de la presse » au Mali et s’est dit inquiet quant « aux graves allégations d’exactions qui auraient été commises dans le centre du pays, qui ont été selon lui documentées de manière indépendante ». 

La décision malienne de sanctionner RFI et France 24, deux médias du groupe France Médias Monde, intervient dans un contexte d’hostilité vis-à-vis de la France, l’ancienne puissance coloniale, dont l’ambassadeur a été expulsé fin janvier. Le 18 février, Paris avait annoncé son retrait militaire du Mali après neuf ans de lutte antijihadiste, poussée dehors par les « obstructions » de la junte malienne.

La réaction de France Médias Monde a été immédiate, car la maison mère de RFI et France 24, « déplore » la décision malienne et « proteste vivement contre les accusations infondées ». La société française « étudiera toutes les voies de recours pour qu’une telle décision ne soit pas mise en œuvre ».

La junte malienne a signalé ses derniers mois son intention d’exercer un contrôle plus strict sur les médias étrangers. Le 8 février, Bamako avait expulsé un envoyé spécial du média français « Jeune Afrique ». Une telle suspension de deux grands médias d’information étrangers n’a pas de précédent récent dans ce pays du Sahel. RFI et France 24, qui couvrent de près l’actualité africaine, sont très suivies au Mali et dans toute l’Afrique francophone.

Pierre Y

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