Gabon : l’égalité des chances à l’épreuve de la realpolitik

 Gabon : l’égalité des chances à l’épreuve de la realpolitik

Slogan politique, l’égalité des chances figure en bonne place dans le projet de développement du président Ali Bongo Ondimba. Pourtant, à l’épreuve des faits, les habitudes ayant la peau dure, les nominations au gouvernement ou à tout autre poste de responsabilité, l’admission aux grands concours et autres réussites restent encore largement l’apanage des castes politiques et familiales qui se relaient au perchoir comme des héritiers de la République.

D’anciens ministres rappelés quand d’autres font tout simplement carrière au gouvernement depuis des décennies, des retraités ramenés dans la vie active, etc. L’image renvoyée à l’opinion par la composition des différents gouvernements est celle des mêmes, des castes politiques et religieuses, des clans familiaux qui, au nom des affinités diverses, tournent sur place année après année. Comme qui dirait, on prend les mêmes et on recommence.

En témoigne le dernier remaniement du gouvernement d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui a vu, à la surprise générale, le retour en selle d’Auguste Roger Bibaye Itandas, un ancien général à la retraite. L’homme, explique-t-on, aurait été rappelé pour sa rigueur qui serait nécessaire au ministère des Transports, une administration secouée ces derniers temps par une série de scandales et autres drames dont le plus meurtrier reste à ce jour le naufrage le 9 mars dernier du navire Esther Miracle au large de Libreville. Drame qui a enregistré plusieurs dizaines de morts dont certains restent, à ce jour, introuvables.

La peau dure des habitudes

La question qui peut tout de suite surgir est celle de savoir pourquoi rappeler un ancien chef d’état-major à la retraite quand ce poste peut être occupé par un autre Gabonais encore en activité ou ayant encore de l’énergie ? Est-ce à dire qu’il n’existe plus de ressources humaines à même de relever les défis fixés, à telle enseigne qu’on soit obligé d’aller débusquer ceux qui, après avoir fait leur temps devraient profiter paisiblement de leur retraite ?

Que dire alors de l’égalité des chances quand elle n’offre que peu ou pas de chances à toute la société ? Que dire de cette égalité quand ceux qui doivent céder la place à d’autres après avoir fait leur temps ne la cèdent pas ?

Que dire de l’égalité des chances quand les concours pour entrer dans les écoles les plus prestigieuses (magistrature, douane, ENA, EPCAENEF, etc.) organisés juste pour la forme, n’offrent que très peu de chances à la méritocratie, privilégiant les parents des barons de la République ?

Voilà un questionnement, dont la réponse dépouille l’égalité des chances de son contenu concret, tel un slogan politique creux de sens. Car aussi, longtemps, que les mentalités enracinées depuis des décennies dans le favoritisme et autres magouilles de parentalité auront droit de cité, même portée par la politique la plus audacieuse du monde, l’égalité des chances restera toujours une illusion, mieux une escroquerie destinée à entuber les plus crédules. Manifestement, les habitudes ayant la peau dure, la réussite par le patronyme ou par tout autre procédé de « longs bras », comme on le dit trivialement sous nos cieux, sera toujours la règle pour se faire une place au soleil. Comme le dit l’adage, on a beau chasser le naturel, il revient toujours au galop.

 

CNN

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