[Gabon] La paix sans la démocratie : la mission impossible du Gabon
C’est le costume que le président gabonais Ali Bongo Ondimba a semblé arborer, lors de son discours mardi 21 septembre à l’occasion de la 76e Assemblée générale des Nations Unies. Le Gabon figurant parmi les 15 membres non-permanents du Conseil de sécurité, a décidé de mettre à profit son mandat (2021-2023), pour faire taire les armes là où elles crépitent, et promouvoir la paix.
Si la mission est noble au vu de l’importance du maintien de la paix dans le monde, surtout dans des pays en ébullition, elle semble néanmoins paradoxale dans son acception gabonaise. Car manifestement à courte vue sur la notion de la paix qu’il semble réduire à une simple absence de conflits armés, le gouvernement gabonais s’engage dans une bataille dont il n’a préalablement pas identifié les causes profondes. Faire de la paix son cheval de bataille requiert une démarche basée sur des approches différentes selon qu’on soit dans telle ou telle région du monde.
En Afrique par exemple, les conflits qui menacent la paix sont de deux ordres, consubstentiellement liés à l’exercice du pouvoir politique : la défaillance d’un État corrompu, incapable de redistribuer équitablement les richesses nationales à toutes les régions du pays, et l’absence de démocratie des régimes en place, dont le corollaire est l’organisation d’élections non-inclusives, juste pour la forme.
Toute chose qui débouche généralement sur des velléités sécessionnistes de certaines régions comme au Cameroun avec les combattants de l’Ambazonie qui multiplient des exactions récurrentes ; du Nigeria Avec Boko Haram qui sème la terreur dans le pays depuis 2009 ; du Soudan qui a abouti en 2011 à la création de deux États, dans une moindre mesure de la République démocratique du Congo avec des conflits permanents dans l’Est du pays ; et récemment de l’Éthiopie où l’armée régulière est au prise avec les combattants du TPLF, dans la région du Tigré. Les victimes y compris les déplacés se comptent par milliers.
L’ambiguïté du Gabon
Même si le Gabon ne connaît pas jusqu’ici des velléités sécessionnistes de sa population, cela ne signifie pas nécessairement qu’il est un État exemplaire en matière de redistribution des richesses et de promotion d’un régime démocratique viable. Au contraire, en multipliant ces dernières années des subterfuges pour mieux contrôler le fonctionnement des institutions à des fins de conservation du pouvoir, les autorités gabonaises, consciemment ou inconsciemment créent des situations troubles, susceptibles de menacer la paix.
Surtout lorsqu’elles mettent en place un collège de trois personnalités pour gérer la vacance du président de la République, fait inédit dans un régime démocratique où la séparation des pouvoirs est une norme sacrée, ou encore lorsqu’elles décident unilatéralement d’exclure de la course à la présidentielle, des adversaires « potentiellement redoutables » au simple motif qu’ils sont des diplomates à l’étranger.
Des stratagèmes pourtant contraires à l’éthique électorale des Nations Unies qui recommandent toujours aux gouvernements du monde, l’organisation d’élections libres et inclusives pour minimiser le risque de conflits. Surtout que l’élection présidentielle au Gabon est toujours synonyme de troubles avec mort d’homme aussi peu que peuvent paraître les chiffres déclarés officiellement.
S’engager donc devant le monde entier à veiller au maintien de la paix, en créant soi-même des situations d’entrave à cette paix, c’est là tout le paradoxe de la mission impossible du Gabon aux Nations Unies.
CNN