[Gabon] Élection présidentielle : le gouvernement, seul maître du jeu

 [Gabon] Élection présidentielle : le gouvernement, seul maître du jeu

Adoptées en Conseil des ministres lundi 13 septembre, les nouvelles conditions de candidature à la présidence de la République n’ont pas fini de faire débat au Gabon. Il faudra désormais avoir séjourné sans discontinuité sur le territoire national, pendant au moins 6 mois dans les deux années précédant l’élection présidentielle.

Sont visés par ces conditions d’éligibilité, les opposants exilés, les diplomates accrédités dans des missions diplomatiques auprès des pays étrangers ou des organisations internationales. Pour tout ce beau monde, les ambitions présidentielles sont désormais brisées.

Et pour cause, le gouvernement en place à Libreville, seul maître du jeu désormais, a décidé de fixer lui-même les règles. Des règles taillées sur-mesure. Car en fixant unilatéralement les conditions d’éligibilité des candidats à l’élection présidentielle, le gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda, ne cache plus sa volonté de baliser la voie pour le seul candidat du parti démocratique gabonais. 

Signe d’une possible inquiétude face aux candidatures qui pourraient encore lui tenir la dragée haute en 2023, le souvenir d’un Jean  Ping débarqué tout droit de la Commission de l’Union africaine en 2016 étant encore vivace à la lisière de la conscience. La suite, tout le monde la connaît. Si officiellement, le candidat du PDG, le président Ali Bongo Ondimba était  sortis vainqueurs du scrutin, il ne l’était que d’une courte tête, avec une majorité relative de 49 % contre seulement 48 pour son principal challenger, Jean Ping qui avait réussi à agglomérer toute l’opposition, en partie à cause de son aura de diplomate réputé à l’époque.

Aujourd’hui, ce souvenir semble encore torturer l’esprit du camp présidentiel qui ne souhaite plus ouvrir la compétition électorale aux Gabonais venus de l’étranger. Le prétexte douteux avancé par Jessye Ella Ekogha, le porte-parole de la présidence de la République, est que ces derniers, à cause de leur éloignement ne sont pas au fait des réalités du pays. Comme s’il fallait seulement à un Gabonais, quelques trois ou quatre ans de mission diplomatique dans une ambassade en Chine ou aux États-Unis pour oublier d’un coup de baguette magique tous les problèmes de son pays.

Risque d’élection non-inclusives

Sauf qu’en réduisant l’éligibilité des candidatures aux conditions de séjour territorial au Gabon, le bord de mer qui visiblement ne veut pas de concurrence électorale comme c’est la norme dans tout système démocratique, pourrait donc se saisir de ces nouvelles règles pour envoyer à l’étranger, tous ceux qui sont soupçonnés de représenter une « menace » en 2023. 

Pourtant, ces conditions, qui montrent une certaine panique du sérail, n’auraient trouvé leur semblant de pertinence que dans un cadre de dialogue politique inclusif, élargi à la société civile. Ceci pour répondre à l’idéal du consensus autour des questions électorales, afin de minimiser les troubles post-électoraux devenus monnaie courante au Gabon depuis 1993.

En décidant unilatéralement de fixer les règles d’un jeu collectif, le pouvoir gabonais ne semble donc pas avoir tiré les leçons du passé pour l’organisation d’élections apaisées. Mieux, il ravive par cette violence politique masquée, la méfiance, la suspicion quant à ses manèges pour tenir aussi longtemps que possible, les rênes du pays. 

Car les conséquences d’élections non-inclusives en Afrique, personne n’ignore leur portée à travers le continent. Et avec ces conditions conseillées, on ne sait par quel érudit du droit constitutionnel moderne, le Gabon qui recule d’un pas supplémentaire vers l’archaïsme politique, vient de donner aux yeux du monde la preuve qu’il est tout, sauf un Etat démocratique sérieux.

CNN

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