[Gabon] Décennie de la femme : le slogan à l’épreuve des faits
Décrétée pour la période 2015-2025, la décennie de la femme au Gabon se caractérise par des nominations tous azimut de la gente féminine à des postes de responsabilité. Pourtant, à mesure qu’on s’approche de l’horizon, l’impact de l’action de toutes ces femmes promues jusqu’ici est bien mitigé pour ne pas dire nul.
Première ministre, ministres, présidentes d’institutions, directrice d’entreprises, directrice d’administration, secrétaire générale, parlementaire, etc. La liste est longue et il semble inutile de citer ici toutes ces femmes qui occupent des postes de responsabilité depuis le temps d’Omar Bongo Ondimba, bien que la donne ait été accrue par l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Lequel a proclamé la décennie 2015-2025, celle de la femme gabonaise. On assiste pour cela depuis quelque temps à des nominations à tour de bras de ces femmes, destinées à réussir là où les hommes ont échoué.
Pourtant, de nomination en nomination, les Gabonais qui ne voient pas les retombées de l’action concrète de ces femmes dans leur quotidien, ont l’impression d’un effet du sur-place. Alors qu’on s’approche inexorablement de l’horizon échu de 2025, un bilan à mi-parcours laisse déjà entrevoir l’échec collectif d’une décennie de la femme bradée plus comme un slogan politique que comme un concept structuré, susceptible d’opérer de paradigmes de développement entre la gestion des hommes « potentionnellement vouée à l’échec », et celle de ces femmes appelées forcément à réussir.
Six ans après, le miracle de la décennie de la femme cadre gabonaise, peine jusque-là à convaincre. D’autant que Rose Christiane Ossouka Raponda, première femme première ministre vient de montrer un bilan en tout point de vue « négatif ». Après une année à la primature, un rapport détaillé révèle que seulement 7 % de ces promesses faites lors de sa déclaration de politique générale ont été tenues. Le fossé est donc abyssal entre la parole publique et sa concrétisation.
Autre exemple patent d’une femme au bilan mitigé, Marie Madeleine Mborantuo. À la tête de la Cour constitutionnelle depuis plus de trente ans, elle n’a pu permettre une bonne oxygénation de l’institution cruciale en matière d’expression démocratique. « Les contentieux électoraux mal tranchés sont légion, avec des conséquences qui ont failli par moments entraîner le pays vers le chaos ».
On ne compte plus les autres femmes ministres qui ont échoué à concrétiser leurs feuilles de route. Et dont le seul mérite d’être à la mangeoire est parfois d’être la fille de papa, la nièce de tonton ou la maîtresse d’un tel. Ou encore celles parlementaires qui ont souvent voté des lois polémiques, pieds et mains liés au nom de la discipline trop rigide de leurs partis. Comme les esclaves enchaînés de la Caverne.
Mais au fond, la décennie de la femme ne saurait aussi être un concept de développement, si les femmes projetées çà et là n’ont pas à leur disposition, des moyens adéquats pour relever les défis de leur mise en orbite.
Toute chose qui pourrait faire de cette décennie, un slogan creux, peut-être imaginé pour servir de faire-valoir au prestige politique de ses initiateurs. Mais pour l’heure, nombre d’entre elles propulsées au-devant la scène ne brillent que par leur absence des résultats. Car pour paraphraser René Dumont, « de la parole à la réalisation, on se heurte à la dureté des faits ».
CNN