[Gabon] Coups d’État en Afrique : l’éternelle reconstruction démocratique

 [Gabon] Coups d’État en Afrique : l’éternelle reconstruction démocratique

Depuis la déferlante des indépendances au tournant des années 60, les coups d’État dans des pays africains nouvellement décolonisés ont été si nombreux qu’il serait difficile d’en établir une liste exhaustive. Néanmoins, dans leur livre, comment la France a perdu l’Afrique, Antoine Glazer et Stéphen Smith donnent un indicatif du phénomène. « Entre 1960 et 1990, 79 coups de force ont réussi, 82 dirigeants ont été renversés ou assassinés, 8, seulement, sont retirés en paix ».

Du Liberia en Sierra Leone, en passant par la Guinée-Bissau, la Guinée Conakry, le Mali jusqu’au Burundi, rares sont les dirigeants qui ont fini leurs mandats sans être renversés ou assassinés par des militaires au milieu de la nuit ou aux premières heures du matin. Aux aguets, les soldats qui s’emparent du pouvoir en suspendant la Constitution et toute autres institutions, ont souvent profité des périodes de flottement des régimes en place pour, disent-ils, instaurer un régime démocratique irréprochable.

Pourtant, à bien y regarder, excepté quelques rares exemples de Jerry Rawlings au Ghana et d’Amadou Toumani Touré au Mali, aucun de ces putschistes « démocrates » qui troquent leur treillis pour le costume civil de Chef d’État, n’est jamais parvenu véritablement à transformer son pays en modèle de démocratie proclamé dès la prise de pouvoir. Pire, toujours à l’exception du Ghana, et dans une moindre mesure du Liberia, récemment, aucun de ces pays abonnés aux coups d’État n’a jamais assis une maturité démocratique enviable. Le niveau de développement y est déplorable, malgré un sous-sol parfois riche comme en Guinée Conakry. 

Certains pays tels que le Burundi ne survivent que sous-assistanat international, quand d’autres à l’exemple du Mali ne parviennent pas à se défaire du terrorisme et son corollaire d’insécurité, caractérisé par des enlèvements et autres attentats sanglants. Car dans ce pays, les coups d’État du Capitaine Amadou Sanogo  contre le régime d’ATT en 2012, ou encore du Colonel Assimi Goita contre Ibrahim Boubacar  Keita en 2020 et contre le président de la transition, Ba Ndaw cette année, n’ont pas réussi à régler la prolifération des groupes djihadistes qui dictent leur loi dans le Nord du Mali.

L’éternel recommencement !

Autant d’indicateurs symptomatiques de l’échec des coups d’État dans une Afrique qui, plus d’un demi-siècle après, peine toujours à parachever la construction de son processus démocratique régulièrement interrompu par des militaires. Lesquels finissent par déchanter eux aussi, après avoir donné des garanties de bonne gouvernance.

Mais l’échec, loin d’être celui des seuls hommes en armes est aussi et avant tout celui des dirigeants politiques, qui par leur boulimie du pouvoir, multiplient de failles pour s’accrocher contre vents et marées au pouvoir, quitte à finir dans la fange.

Si Alpha Condé qui avait milité pendant trente ans pour l’instauration de la démocratie, avant de devenir le premier président démocratiquement élu de la Guinée Conakry, avait renoncé à la tentation d’un troisième mandat illégal, il serait entré dans l’histoire politique du pays et aurait ainsi évité l’humiliation que viennent de lui infliger aux yeux du monde, ses propres soldats qui l’ont traîné en chemise débraillée le 5 septembre dernier.

Mais au-delà de l’euphorie de l’opposition qui applaudit aujourd’hui des deux mains le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, la classe politique guinéenne devrait faire montre de méfiance et presser l’armée à rendre le pouvoir le plutôt possible aux civils. Car les exemples partout à travers le continent montrent que les militaires ne prennent pas le pouvoir pour le lâcher facilement. Alors gare au triomphalisme avant l’heure en Guinée Conakry.  Car l’appétit du pouvoir aidant, Mamady  Doumbouya, le héros d’aujourd’hui, pourrait très vite devenir le monstre à combattre de demain.

CNN

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