[Gabon] Commonwealth : la nouvelle trouvaille

 [Gabon] Commonwealth : la nouvelle trouvaille

Pays francophone, le Gabon fait feu de tout bois depuis quelque temps pour adhérer au Commonwealth, une organisation intergouvernementale essentiellement constituée d’anciennes colonies britanniques.  Sur les raisons de cette initiative, Libreville explique qu’il s’agit de diversifier les partenaires au développement. Mais cette adhésion, si elle était validée, mettrait-elle fin à la corruption, au trucage d’élections, au chômage ou encore à la vie chère dans le pays ?

Organisation de 54 États et territoires, tous presque d’anciennes colonies britanniques, le Commonwealth séduit le Gabon sous l’ère Ali Bongo Ondimba. Le gouvernement gabonais le présente comme un partenaire fiable qui devrait apporter le développement au pays (au détriment de la démocratie). Question : a-t-on besoin du Commonwealth pour parler anglais, construire des routes, des logements sociaux en nombre suffisant, créer de l’emploi et sortir le Gabon de sa place de 3e pays le plus cher d’Afrique et 20e au monde ? A-t-on besoin du Commonwealth pour mettre fin à la corruption généralisée qui gangrène l’administration, et même toute la société dans son ensemble ? A-t-on besoin du Commonwealth pour mettre fin aux violences post-électorales qui découlent directement d’une organisation systématiquement truquée des élections ? 

A-t-on besoin du Commonwealth pour opérer une redistribution équitable des richesses, afin que les Gabonais soient mieux lotis dans leur pays qui brasse depuis des décennies, l’argent du pétrole, du manganèse, du bois, etc. ? 

Voilà les questions qui taraudent l’esprit du Gabonais lambda, alors que les autorités, telle une nouvelle trouvaille, agitent désormais l’éventail du Commonwealth comme le remède à tous les maux du pays. 

Car, à l’exception notable de l’Afrique du Sud et du Ghana, sur le continent africain, bien des exemples d’autres pays, pourtant membres de cette organisation comme le Cameroun, l’Ouganda, le Botswana, la Sierra Leone, la Gambie, pour ne citer ceux-là, ne connaissent pas un développement aussi extraordinaire qu’il pourrait susciter des envies. Mieux, dans ces pays, l’état de droit et la démocratie sont presqu’à la traîne. Même hors du continent africain, d’autres membres du Commonwealth comme le Bangladesh ou encore le Pakistan, n’inspirent que la pauvreté et la misère. 

Miracle gabonais ?

Dans ce décor peu reluisant, on imagine mal, par quelle alchimie le Gabon qui culmine tous les vices : « cherté de la vie, chômage galopant, corruption ambiante, démocratie de façade, droits de l’homme limités, élections chaotiques, malversations financières, impunité, etc,  » fera-t-il pour conjurer toutes ces pesanteurs rétrogrades, afin de se hisser au sommet de son développement, à l’exemple de l’Australie ou de la Grande-Bretagne, d’autres membres du  Commonwealth ? 

Surtout pour une organisation presque sans charte juridique contraignante, mais fondée uniquement sur le principe de la liberté de chaque pays sur les grandes questions du monde, et même sur les questions intérieures. Il y a donc une sorte de laisser-aller. Et dans ce cadre, la mission d’évaluation effectuée récemment par une délégation du Commonwealth à Libreville n’a qu’une valeur purement formelle. Car même avec tous les manquements relevés dans cette évaluation, le Gabon, comme bien d’autres pays africains cités plus haut, verra son adhésion être validée sans ambages au prochain sommet du Rwanda. 

Visiblement, le Commonwealth comme la Francophonie ne sont pas si différents qu’ils en ont l’air. Et c’est une erreur de penser que l’adhésion du Gabon à l’une ou l’autre organisation apportera le salut à la société gabonaise, si ce n’est une nouvelle trouvaille du gouvernement qui tente d’esquiver, une fois encore les vraies questions qui empoisonnent le quotidien absorbe des populations. 

CNN

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