Gabon : comment la transition a tué l’opposition

 Gabon : comment la transition a tué l’opposition

Tenace et hargneuse jusqu’aux dernières élections générales, l’opposition gabonaise est peu à peu devenue aphone à mesure que les militaires qui ont pris le pouvoir le 30 août 2023 installent leur mainmise sur l’appareil étatique. Car au nom de l’inclusivité de la transition, toutes les figures ou presque, y compris celles de la société civile, ont rangé leurs armes les uns après les autres pour se mettre, disent-ils, au service de la nation.

On croirait à une auto dissolution. Tout un paysage déserté. Paulette Missambo, Alexandre Barro Chambrier, Raymond Ndong Sima, François Ndong Obiang, Bertrand Nzibi Abeghe, la liste est longue. Jusqu’ici connus pour leurs critiques acerbes contre le régime de l’ex-président déchu Ali Bongo, tous ces leaders de l’opposition ou presque ont rangé les uns après les autres, leurs armes pour assumer des rôles dans le processus de transition amorcé depuis la prise de pouvoir le 30 août dernier par l’armée.

Constat identique pour la société civile qui s’est largement mobilisée lors des dernières élections générales de 2023. Geoffroy Foumboula, Marc Ona Essangui, Bruno Ngoussi, Georges Mpaga, pour ne citer que ceux-là, ont eux aussi mis de l’eau dans leur vin pour se mettre également où se prennent des décisions qui vont déterminer le Gabon de demain, espère-t-on en tout cas. Même les acteurs de la diaspora comme Laurence Ndong, Mays Mouissi, Séraphin Moundounga et bien d’autres, très critiques sans ménagement contre la gestion du Gabon par le système PDG et qui ont rejoint, eux aussi les instances de la transition, ne trouvent désormais plus rien à dire.

Présidents d’institutions, parlementaires de la transition, membres du gouvernement transitoire, ils entendent désormais jouer un rôle essentiel dans ce processus que l’on qualifie de crucial. Pour ces figures, le sacrifice (s’il en est un) en vaut le coup, car comme dit l’adage, tout ce qui se décide sans nous est contre nous.

Démission

Certes, le sacrifice vaut le coup, selon les intéressés. Mais peut-être pas plus que la démission d’un espace censé constituer une force critique et de proposition. Au Mali par exemple, l’imam Mahmoud Dicko, figure emblématique qui a milité pour la chute du défunt président Ibrahim Boubacar Keita n’a pas abandonné son combat avec le coup d’État d’Assimi Goita. Au contraire, il continue de se constituer en une sentinelle pour le bon déroulement de la transition dans son pays, en s’opposant à certaines décisions des autorités en place.

En Guinée Conakry, le FNDC, le Front national pour la défense de la Constitution qui s’est mobilisé contre le troisième mandat d’Alpha Condé continue de donner des insomnies au gouvernement du Colonel Mamadi Doumbouya qu’il accuse de vouloir confisquer le pouvoir, avec une restriction flagrante des libertés individuelles. Certes, il faut peut-être être dans un système, occuper une position pour espérer avoir voix au chapitre dans les décisions, mais cela peut parfois s’avérer pernicieux sous nos cieux où la politique est avant tout une affaire d’intérêts et de compromission, une bouche pleine ayant de difficultés à parler. Car on imagine mal que des acteurs nommés dans le contexte actuel par le Général Oligui Nguema aient le courage de s’opposer publiquement à telle ou telle décision gouvernementale.

Surtout pour ceux d’un certain âge et qui, visiblement, n’ont plus rien à perdre quand ils se savent déjà disqualifiés de la course à la présidentielle d’août 2025, conformément à la Charte de la transition qui rend de facto inéligibles tous les acteurs de la transition, à l’exception du seul Général-président lui-même. Dans ce contexte de liberté politique plus ou moins conditionnelle, comment ne pas en profiter ?

De toute évidence, l’inclusivité de la transition aura signé le suicide quasi-collectif de l’opposition au Gabon, et on se demande à l’allure des choses, si la présidentielle d’août 2025 ne sera pas qu’une simple formalité pour le Général Oligui, alors que sa candidature ne laisse que peu doutes.

 

Ndesali Komeni

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