[Gabon] Baccalauréat 2021 : des chiffres en trompe-l’oeil
Le Baccalauréat 2021 vient de livrer son verdict au Gabon. Pour toutes filières confondues, le taux de réussite est de 77,38 %. Soit 20 712 admis sur 26 764 candidats au départ. Un taux en nette augmentation par rapport à celui de l’année dernière. Mais qui interroge quant au niveau réel des bacheliers décrié çà et là.
Ils sont des milliers qui affluent chaque année des différentes provinces pour frapper aux portes des universités et grandes écoles du Gabon. Le pays manquant des structures d’accueil conséquentes pour supporter toutes ces vagues successives d’étudiants, c’est à la grande décharge de l’UOB qu’ils débarquent, avant d’aller terminer vendeurs de friperie ou chauffeurs de clando pour ceux qui, après des années de redoublement en première année, décident de casser le bic.
Depuis quelques années, le gouvernement et les responsables d’établissements secondaires qui prônent les 100 % de réussite aux différents examens, le Bac en première ligne, ne lésinent pas sur les moyens pour faire admettre à tour de bras, tous leurs bataillons inscrits.
Rien que pour ces trois dernières années, les taux de cette réussite spectaculaire oscillent entre plus de 65 à plus de 70 % pour le seul examen du Baccalauréat. Dans le détail, on enregistre 77,38 % en 2021. Soit 20 712 admis sur 26 764 candidats au départ.
En 2020, ils étaient 65,63 % d’admis contre 72,13 % en 2019. Le diable étant dans le détail, certains établissements enregistrent même 100 % de réussite. Parfois au mépris des lacunes notoires de certains élèves qu’on inclut volontiers dans le lot des admis.
Une organisation contestée
Devant ce crime à grande échelle d’une jeunesse gabonaise qu’on présente pourtant à souhait comme l’élite de demain, les enseignants syndiqués tirent la sonnette d’alarme sur les conditions d’organisation du Baccalauréat. Des conditions qui se sont détériorées au fil des ans, avec la détérioration du diplôme lui-même dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’il a beaucoup perdu en crédibilité.
Avant, on permutait les enseignants d’une province à l’autre pour leur éviter de se retrouver face à leurs propres élèves et de leur donner des notes fantaisistes, surtout lors du second tour qui est devenu une simple formalité.
Cette condition n’est plus respectée par le gouvernement qui allègue le manque d’argent. Dans une vidéo postée récemment sur les réseaux sociaux, Marcel Libama, syndicaliste réputé dénonce ce cynisme du gouvernement, qui prétend faire de la jeunesse l’élite de demain tout en bafouant sa formation. Une formation bafouée au point que le Gabon depuis plusieurs années ne figure pas dans le classement des 100 meilleures universités africaines. C’est dire combien le drame est abyssal derrière les chiffres record des différents examens, le Baccalauréat en premier. Et si rien n’est fait pour renverser cette tendance, l’élite de demain pourrait se transformer en bourreau de demain pour le pays.
CNN