Front uni de l’opposition : Jean Ping l’incontournable ?

C’est ce qu’a laissé entendre récemment le président du Rassemblement pour la patrie et la Modernité, lors du congrès de ce parti à Libreville. Réagissant favorablement à l’appel d’un front uni de l’opposition, lancé fin novembre dernier par Paulette Missambo, Alexandre Barro Chambrier a expliqué que ce front ne pouvait se faire sans l’implication de Jean Ping. Lequel jouit de toute la légitimité en la matière.
C’est certainement un pavé dans la mare. Si les autres leaders de l’opposition n’y avaient pas encore pensé, Alexandre Barro Chambrier, lui, estime que la stratégie d’un front uni contre le candidat du pouvoir en 2023 ne saurait se faire sans Jean Ping.
« Nous pensons que le Président Jean Ping dispose de toute la légitimité pour jouer un rôle important dans le rassemblement de l’opposition patriotique et nous lui demandons de s’impliquer davantage dans les débats actuels ».
En lâchant cette phrase le 02 décembre dernier, lors de son discours d’ouverture du premier congrès ordinaire du Rassemblement pour la patrie et la Modernité, Alexandre Barro Chambrier a voulu remettre en scelle, Jean Ping que beaucoup, y compris dans le camp de l’opposition, avaient déjà enterré, estimant que son temps était déjà passé, après sa « défaite » en 2016 et son échec à faire jouer son carnet d’adresses pour arracher le pouvoir à Ali Bongo comme il s’y était engagé.
D’ailleurs, Jean Ping l’avait déjà annoncé lui-même lors de son discours à la nation du 17 août dernier, qu’il allait mener des consultations dans l’opposition pour le prochain scrutin et que ceux qui avaient vite fait de l’enterrer, devraient encore compter avec lui. Surtout avec cette proposition du président du RPM, qui fait de l’ancien cadre de l’Union Africaine, un acteur incontournable, une absolue nécessité au projet d’une candidature commune de l’opposition.
Jean Ping, pomme de discorde ?
Sauf que cette proposition de Barro Chambrier qui veut remettre l’ancien candidat de l’opposition à la dernière présidentielle au centre du jeu, pourrait animer les débats sur ce front uni et constituer une pomme de discorde entre ceux qui veulent se passer de l’ancien diplomate pour trouver une nouvelle figure, et ceux qui, comme Alexandre Barro Chambrier, jurent encore par la légitimité « intacte » de l’octogénaire.
À moins que pour Chambrier, ce recours à Jean Ping n’ait qu’une valeur consultative, lui permettant simplement de donner sa caution pour tel ou tel autre candidat. Vu sous cet angle, Chambrier pourrait être le bénéficiaire de ce soutien de Ping pour avoir sollicité l’arbitrage et reconnu publiquement la légitimité inébranlable de l’homme des Charbonnages. Surtout qu’en raison des déboires judiciaires de Guy Nzouba Ndama dans l’affaire des valises d’argent, le candidat du RPM reste dans l’opinion comme le mieux placé face à Ali Bongo Ondimba.
Autant dire que si toutes les chapelles politiques de l’opposition ou presque, répondent favorablement les unes après les autres à l’appel formulé le 27 novembre dernier par Paulette Missambo, la présidente de l’Union Nationale, pour la constitution d’un front uni, ce projet pourrait tourner à l’échec, s’il prend pour référence de discussions, le recours systématique à Jean Ping. Lequel, contrairement à la fièvre de 2016, ne semble plus faire l’unanimité, l’eau ayant coulé sous les ponts depuis 7 ans.
CNN