Financement bloqué des partis politiques : une asphyxie de la démocratie ?

Malgré les interpellations, le gouvernement gabonais n’assure plus depuis des années, son obligation légale de financer les partis politiques . Un blocage qui crée de facto un deux poids deux mesures, avec d’un côté, le parti démocratique gabonais, qui de par sa position de parti au pouvoir , semble être mieux financé et de l’autre, des partis d’opposition asséchés et bloqués.
C’est un blocage contraire à la loi 24/96 qui fait obligation à l’État d’aider financièrement les partis politiques et associations légalement reconnus en République gabonaise à condition qu’un parti dispose d’au moins un élu au parlement.
Le financement des partis politiques n’est pourtant pas l’exclusivité du Gabon. Plusieurs pays à travers le continent le font, du moins ceux qui œuvrent à rendre dynamique et viable leur vie démocratique en tant qu’expression plurielle des opinions. Même dans les grandes démocraties comme la France qui sert souvent de copier-coller au Gabon, les organisations politiques reçoivent un appui financier de l’État en vertu d’une loi du 11 mars 1988 sur la transparence financière de la vie politique.
À charge pour ces partis politiques de remplir bien sûr les critères définis par la loi.
Autrement dit, pour les pays ayant fait le choix de la démocratie, non pas de façade, le financement des organisations politiques est vital pour le bon fonctionnement de celle-ci. Car cette aide financière leur permet par exemple d’organiser leurs activités politiques et de financer leur campagne sans qu’ils ne soient contraints à la prostitution et à la marginalisation.
Sans doute, les partis politiques sont avant tout des organisations qui doivent d’abord compter sur les cotisations de leurs adhérents et des financements privés. Mais la ligne de financement public pose déjà un problème d’illégalité flagrant, dès lors qu’elle n’est plus respectée.
Un projet démocraticide ?
Visiblement agacés par cet assèchement , les responsables politiques accusent le pouvoir d’une volonté délibérée de tuer la démocratie.
La dernière déclaration en date est celle du parti social-démocrate de Pierre Claver Maganga Moussavou, qui a estimé récemment que ce blocage illégal du financement des partis politiques n’avait d’autres bénéficiaires que le seul parti démocratique gabonais dont la plupart des financements viennent des responsables d’administration qui sont légion dans le pays.
Une situation qui n’offre pas les mêmes chances à tous les partis, dont certains Leaders sont d’ailleurs obligés de se tourner vers des financements étrangers. Le lien est vite fait avec l’affaire Nzouba.
Toujours est-il qu’en l’absence d’une explication plausible du gouvernement qui entretient toujours l’omerta sur cette violation flagrante de la loi, les suspicions ne manquent pas quant à la volonté du pouvoir de laisser en rade une opposition qu’il veut absolument mettre sous éteignoir. En juger par cette campagne de débauchage qu’elle mène à tour de bras dans le camp d’en face contre des postes de nomination. Cela avec un objectif clairement affiché : vider l’opposition de sa substance pour n’avoir au finish qu’une simple loque aux élections générales de l’année prochaine. Ce qui lui laisserait alors un grand boulevard en 2023. Ceci expliquant cela, le blocage du financement des partis politiques pourrait s’inscrire dans cette logique démocraticide, une asphyxie assumée de la démocratie.
CNN