Fabrication de médicaments : La santé pharmaceutique au bord de la faillite
Inaugurée récemment en fanfare par le président Ali Bongo Ondimba dans la zone économique de Nkok, l’usine de fabrication de médicaments dénommée Santé pharmaceutique est désormais au bord de la faillite au Gabon. En cause, des stocks considérables de médicaments qui ne trouvent pas d’acheteurs, pharmacies et hôpitaux préférant aller voir à l’étranger.
Le boycott est général. Et il menace désormais l’avenir d’une industrie pourtant inaugurée en grande pompe par le président Ali Bongo Ondimba lui-même. Car l’objectif était de promouvoir une fabrication sur place de médicaments qui devaient être vendus à moindre coût, notamment dans sa politique de vulgariser l’accès aux soins des populations. Un boycott incompréhensible dans un pays où hôpitaux et pharmacies sont souvent en rupture de stock de médicaments à administrer aux malades.
Paradoxe des paradoxes, ces mêmes établissements préfèrent passer des commandes à l’étranger, qui prennent souvent des semaines, voire des mois avant d’arriver, plutôt que de se pourvoir auprès d’une entreprise qui en fabrique sur place.
Pourtant, La santé pharmaceutique qui fait du made in Gabon produit une quarantaine de médicaments répartis entre les antibiotiques, antipaludiques, etc. Certains de ses antibiotiques sont même déjà pris en association avec des antirétroviraux par des patients atteints du VIH sida.
C’est dans cette logique que l’entreprise envisage même la production d’antirétroviraux dont les commandes à l’étranger prennent des mois, avec des ruptures récurrentes de stock qui mettent en danger la vie des malades.
La santé pharmaceutique produit également des médicaments pour le diabète de type 1 et 2. À titre d’exemple, elle produit par jour 500 mille gélules, 2 millions de comprimés, pour ne citer que ceux-là.
Une production à vau-l’eau
Mais faute de commandes, tous ces stocks de médicaments sont menacés de destruction quand ils atteignent la date de péremption.
Une perte énorme pour l’entreprise qui, sur un an, ne réalise souvent qu’un maigre chiffre d’affaires d’un million de FCFA pour un ou deux milliards investi (s) dans la production.
Questions : l’industrie pharmaceutique, avait-elle d’abord étudié le marché avant de se lancer dans la production de médicaments ? En avait-elle obtenu des garanties de la part de ceux qui ont lancé son inauguration tonitruante ? Ou cette inauguration n’était-elle qu’un effet d’annonce illusoire comme c’est souvent le cas dans ce pays ? Comment prétendre promouvoir le made in Gabon, si le réflexe de l’exotisme hante encore les mentalités, y compris au sommet de l’État ? La santé pharmaceutique n’a-t-elle tout simplement pas été trompée ou même rattrapée par cette réalité du goût de l’ailleurs ?
Bref, quelle main noire concurrentielle se cache derrière ce boycott de La santé pharmaceutique ?
En attendant des réponses à ces interrogations, l’entreprise désillusionnée et qui se meurt à petit feu, court désormais le risque d’une fermeture. Après l’inauguration en fanfare, place désormais à l’agonie du made in Gabon. Quel gâchis !
CNN