Élections le 2 septembre : Fausse date et malaise

Dans sa publication du mardi 6 juin 2023, le magazine Jeune Afrique indiquait que les élections présidentielle et législatives au Gabon auraient lieu le 2 septembre prochain. Une information largement reprise par de nombreux médias locaux, avant que le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha ne vienne la démentir. Mais malgré le démenti, cette rumeur aura eu le mérite de montrer la dichotomie ambiante dans la prise de décisions entre les organes habilités et les arcanes du palais du bord de mer.
Quel informateur a pu donner une fausse date à l’envoyé spécial de Jeune Afrique ? Est-ce le président Ali Bongo Ondimba qui la lui aurait soufflée en off de la longue interview qu’il a accordée au magazine panafricain ? Si c’est lui-même, sur quelle base l’aurait-il avancée et pour quel objectif ? Seraient-ce ses collaborateurs ? Quel intérêt ces derniers auraient-ils à avancer une date sans fondement, alors qu’ils n’en sont pas habilités ? Peut-on vraiment parler d’une fausse date, malgré le démenti de Lambert Noël Matha ?
Autant de questions qui bouillonnent encore dans les esprits les plus avisés, tant l’annonce de la date du 2 septembre pour la tenue des élections générales a été largement reprise par de nombreux médias locaux. Surtout ceux proches de la présidence de la République, qui en ont fait leur chou gras en amplifiant même l’article de Jeune Afrique.
Au fond, quelle qu’ait été la source de Jeune Afrique dans les coulisses du palais présidentiel, si la stratégie était de préparer les esprits en soufflant une date « fondée » ou « fantaisiste » au journaliste dépêché de l’hexagone pour une opération de communication bien organisée, la manœuvre semble s’être enrayée. Mieux, elle aura semé la confusion dans les esprits. Une confusion manifestement entretenue pour mettre dos au mur, le CGE, le Centre Gabonais des élections, seule institution à même d’annoncer le calendrier électoral. Ce qui, à l’évidence, pourrait créditer l’idée du lobbying du bord de mer, qui dans l’ombre, impose son diktat au mépris des instances habilitées, donnant ainsi l’impression d’un bicéphalisme ou d’une dyarchie érigée en règle d’influences diverses entre les collaborateurs du président de la République, tentés par l’omnipotence de l’immixtion tous azimuts, et les institutions assermentées, auxquelles reviennent ou devraient revenir telle ou telle décision.
Quoique le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha ait démenti mercredi 7 juin, une rumeur qui avait pourtant déjà grossi comme une tache d’huile, le malaise et le soupçon de la manipulation, ne vont pas s’estomper sitôt. Au contraire, ils alimentent désormais l’idée d’un CGE pas du tout indépendant et auquel on tente d’imposer une date.
CNN