Élections générales : un processus mal engagé !

« Lois truquées » à la va-vite, à quelques semaines du scrutin, coup de sang de l’opposition, le processus semble déjà mal entamé, et l’Arlésienne de la transparence électorale tant vaticinée risque de manquer, cette année encore au rendez-vous.
Décidément condamné à une malédiction électorale chronique, le Gabon qui organise pour la première fois trois élections le 26 août prochain, semble n’être pas parvenu jusqu’ici à conjurer ce démon tenace des élections aux contours peu clairs. Et pour cause, la concertation politique organisée en février dernier n’aura été en réalité qu’une « occasion de faire sauter les verrous des élections aux lendemains apaisés ». L’histoire retiendra que même si elle a permis de revenir à des mandats de 5 ans pour toutes les élections, cette concertation aura été l’occasion pour le camp au pouvoir de supprimer le mode de scrutin à deux tours qui le hantait jusqu’ici. L’acquis du dialogue d’Angondje tombe ainsi à l’eau, sans même qu’il n’ait pas été expérimenté à une élection présidentielle.
Et comme si cela ne suffisait pas, l’enveloppe accolée qui comportait jusqu’ici une partie VOTE et une autre POUBELLE vient elle aussi d’être supprimée, à moins de six semaines du scrutin. Tout comme l’imposition de la parité pour les représentants des candidats dans les bureaux de vote, privant ainsi ces derniers d’un accès direct aux procès-verbaux des opérations électorales. Là encore, ce sont deux acquis obtenus lors des précédents dialogues qui partent en fumée. Michel Stéphane Bonda, le président du centre gabonais des élections qui « assume ces modifications in extremis », explique vaguement qu’il s’agit de gagner du temps, ou encore que les bureaux de vote ne peuvent pas contenir tous les 19 représentants des candidats. Comment comprendre que les salles de classe qui accueillent d’ordinaire jusqu’à 40 ou 50 élèves ne soient plus assez spacieuses pour accueillir 24 ou 25 personnes une fois transformées en bureau de vote ? À l’évidence, l’argument de l’excentricité des bureaux de vote invoqué par le président du CGE ne tient pas. Mieux, Michel Stéphane Bonda et le Premier ministre, Alain-Claude Bilie-By-Nze avancent que cette suppression est bel et bien une demande de l’opposition.
Une démarche trouble
Si l’objectif était de tenir compte des revendications de l’opposition, pourquoi ne les avoir pas adoptées lors de la concertation politique, ou encore de la dernière révision de la constitution en avril dernier ? Pourquoi avoir attendu de le faire dare-dare à moins de deux mois des élections, alors même que leur mémorandum moisit sur la table du ministre de l’Intérieur depuis plus d’un an ?
Là encore, l’argument de Bilie-By-Nze et de Bonda ne sied pas. Car la suppression de l’enveloppe accolée telle que demandée par l’opposition était conditionnée par l’impression d’un bulletin de vote unique sur lequel devaient figurer tous les candidats. Le bulletin unique n’ayant pas été instauré, « toute suppression de l’enveloppe accolée relève alors d’un calcul de fraude électorale ».
D’où le coup de sang de l’opposition elle-même qui y voit là un stratagème du pouvoir pour monnayer les votes des électeurs. Surtout quand on regarde la façon express dont ces modifications ont été adoptées puis promulguées. Puisque le porte-parole du Copil citoyen, Geoffroy Foumboula a par exemple démontré que le même samedi 15 juillet, le nouveau code électoral ne pouvait pas être adopté, promulgué par le président de la République et publié au journal officiel, samedi n’étant pas un jour ouvrable, et Ali Bongo se trouvant ce jour-là au sommet de l’Union africaine à Nairobi au Kenya.
Une transparence douteuse
Face à toutes ces « magouilles », quel gage de transparence reste-t-il encore pour les élections générales du 26 août 2023 ? Manifestement aucun ou presque. Car les uns après les autres, tous les garde-fous en vigueur jusque-là ont sauté depuis le début de cette année électorale.
Dans leur ensemble, ce sont tous les acquis de la transparence obtenus lors des différents dialogues politiques, depuis les Accords de Paris en 1994, au dialogue d’Angondje en 2017, en passant par les accords d’Arambo en 2006 qui ont volé en éclats cette année.
À quoi servent finalement les dialogues et autres concertations politiques quand leurs actes en trompe-l’œil ne visent qu’à calmer les contestations postélectorales, le temps d’un retour en arrière ? Quand sortira-t-on de cet éternel recommencement, de cette démocratie en dents de scie ? Manifestement, le Gabon semble encore très loin de l’organisation d’une élection présidentielle, réellement démocratique, transparente et apaisée. En-tout-cas pas tant que le PDG, conscient de son impopularité, sera maître du jeu avec des lois sur mesure. Et en l’absence des règles du jeu claires, viables et acceptables par tous, il faut gager que le candidat du parti au pouvoir rempile encore pour un troisième mandat, même avec une majorité relative de 20 ou 30 %. Ce qui serait encore, pour la troisième élection consécutive, une victoire dans le déshonneur. Car à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
CNN