Édito/Xénophobie : fausse alerte au Gabon !

Stratégie de musellement bien rodée, comme à l’approche de chaque élection présidentielle, le parti démocratique gabonais a de nouveau sorti sa vieille rengaine : la xénophobie et les discours de haine dont seraient subitement porteurs les Gabonais. À travers un communiqué superficiel, lu par son porte-parole, David Ella Mintsa, le PDG condamne des propos qui visent la stigmatisation de l’autre et invite par conséquent la population au vivre ensemble.
Actualité obligeant, cette sortie de bois du PDG est consécutive au haro général, suscité récemment par la nomination maladroite du Sénégalais Ousmane Cissé à la tête de la société nationale d’énergie, la SEEG. Mais plus largement, à l’onde du séisme provoqué par cette nomination scandaleuse puisque, mus par un sentiment d’abus, de nombreux Gabonais en sont arrivés à exiger la restitution aux nationaux des postes de souveraineté jusqu’ici confisqués soit par des étrangers purs jus, soit par des Gabonais d’adoption, et dont le processus de naturalisation reste souvent entaché selon eux de soupçons.
Ainsi, conclure par induction péremptoire aux relents xénophobes d’une population naturellement habitée par l’instinct de protection de sa parcelle de souveraineté, c’est céder à la simplicité d’une accusation gratuite. Car les Gabonais, réputés pour être l’un des peuples les plus hospitaliers, et même les plus pacifiques d’Afrique, ne sauraient s’accommoder d’une accusation aussi péjorative quand, on sait la charge sémantique du mot xénophobie. Sauf si, conformisme oblige, l’objectif est de soutenir l’argument de la mondialisation brandi par la première Dame, Sylvia Bongo Ondimba qui, elle aussi a pris « fait et cause pour les personnes ciblées ou soupçonnées comme appartenant à cette oligarchie étrangère ».
« Laquelle jouissant sans commune mesure de tant de privilèges, en arrive parfois à narguer et à exproprier sans ménagement ceux qui se considèrent comme Gabonais authentiques. » Sauf que la mondialisation a beau signifier l’ouverture au monde, elle ne supprime pas pour autant les frontières des États, encore moins le principe de souveraineté qui les gouverne.
La frustration
La réaction à l’emporte-pièce du PDG et de tous les affidés du régime, qui taxent les Gabonais de peuple xénophobe n’est qu’une fuite en avant, lorsqu’elle ignore délibérément les causes de leur colère mal comprise. Car en choisissant d’idolâtrer l’étranger, le pouvoir politique gabonais a fait des expatriés, et de tous les Gabonais naturalisés des privilégiés de ses largesses, avec des promotions tellement flagrantes qu’elles finissent par heurter la conscience des citoyens autochtones. Lesquels, se sentant infantilisés et ignorés dans leur propre pays, commencent à prendre pour cibles tous ces promus à tour de bras, y compris même à des postes de souveraineté.
Voilà où la politique de frustration, érigée en modèle de gouvernance a mené le pays. Refuser donc de s’attaquer aux causes de cette frustration en la condamnant simplement, c’est faire preuve de cécité et contribuer ainsi à exacerber la colère d’un peuple qui a désormais le sentiment de laissé-pour-compte. Un peuple à qui on fait croire qu’il n’est pas à la hauteur de la tâche de développement de son pays, mieux qu’un étranger et autres profito-situationnistes à qui on octroie expressément la nationalité dans des procédures parfois bâclées ou pas du tout respectées. Voilà la graine de colère que le système PDG a semé au fil des décennies dans la conscience populaire. Plutôt que d’assumer sa responsabilité, il se refuse à voir la poutre qui est dans son propre œil, ne voyant que la paille qui est dans celui du peuple. Si toutefois paille il y a.
A moins que l’objectif insidieux soit celui de créer une xénophobie imaginaire pour tenter de tenir en bride ou bâillonner, tous ceux qui osent appeler à une réelle prise de conscience de cette promotion exagérée des expatriés et autres binationaux, dont les bénéfices de réussite sont systématiquement expédiés dans leurs pays d’origine, pendant que leur vache laitière, le Gabon lui se paupérise, croule sous le joug du chômage galopant et de l’échec programmé des politiques publiques, parfois faute d’argent détourné à souhait.
CNN