Édito/Gouvernement sous nouvelle Constitution : comprendre la nouvelle architecture de la Ve République

 Édito/Gouvernement sous nouvelle Constitution : comprendre la nouvelle architecture de la Ve République

La nomination du premier gouvernement de la Ve République, intervenue le 8 mai 2025, marque un tournant majeur dans la vie politique gabonaise. Ce remaniement n’est pas un simple jeu de chaises musicales ; il s’inscrit dans un changement plus profond, fruit de la nouvelle Constitution adoptée en avril dernier. À travers cette réforme institutionnelle, le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, entend mettre fin à l’hypertrophie présidentielle tout en posant les bases d’un pouvoir exécutif plus structuré, plus cohérent et mieux partagé.

 

Une Présidence resserrée, recentrée sur la stratégie

Au cœur de cette nouvelle architecture, la Présidence de la République se recentre sur sa mission première : fixer le cap, définir la stratégie nationale et incarner l’unité de l’État. Elle se veut désormais plus politique que gestionnaire. Exit la concentration de tous les dossiers à la Présidence : les fonctions techniques et opérationnelles sont redistribuées, notamment vers le Gouvernement et le Secrétariat Général de la Présidence.

Un Gouvernement articulé autour d’un Vice-Président

L’une des principales innovations est l’introduction d’un Vice-Président du Gouvernement, distinct du Vice-Président de la République, supprimé par la nouvelle Constitution. Ce poste stratégique, attribué à Raymond Ndong Sima, ancien Premier ministre, a vocation à coordonner l’action gouvernementale au quotidien. Il devient l’interface entre les ministres et le Chef de l’État, tout en incarnant la responsabilité politique de l’exécutif. Il ne s’agit pas d’un simple super-ministre, mais d’un chef d’orchestre de l’action gouvernementale.

Un Secrétariat Général de la Présidence renforcé

Parallèlement, le Secrétariat Général de la Présidence change de statut et gagne en importance. Il assure désormais la coordination technique entre les grandes institutions républicaines et la Présidence. Il devient aussi un outil de pilotage stratégique des politiques publiques. Cette montée en puissance du SG symbolise une volonté de gouverner avec méthode et rigueur.

Une Conférence des ministres hebdomadaire

Autre nouveauté : la mise en place d’une Conférence des ministres, qui se tiendra chaque semaine sous la présidence du Vice-Président du Gouvernement. Cette instance permettra d’assurer un suivi régulier des actions ministérielles, de fluidifier la coordination interministérielle et de préparer plus efficacement les Conseils des ministres.

Un pouvoir exécutif bicéphale et mieux structuré

En somme, la nouvelle architecture marque le passage d’un exécutif monolithique à un pouvoir bicéphale, structuré et organisé. Le Président conserve l’arbitrage suprême, mais délègue désormais davantage. L’efficacité gouvernementale devient une exigence, et non plus un vœu pieux.

Ce nouveau cadre institutionnel pose ainsi les fondements d’une gouvernance modernisée, plus lisible pour les citoyens et plus fonctionnelle dans son organisation. Reste à voir si cette réforme structurelle s’accompagnera d’un changement réel des pratiques politiques.

 

Par Justin Mbatchi 

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