Édito/Gabon : SEEG, la ligne rouge de la souveraineté nationale ?

Malgré sa démission à la va-vite, dans la nuit de jeudi à vendredi, la nomination lundi 22 mai 2023 du Sénégalais Ousmane Cissé à la tête de la SEEG, société d’énergie et d’eau du Gabon, aura été pour de nombreux Gabonais, une provocation de trop dans cette campagne de promotion tout azimuts des étrangers par un pouvoir visiblement hanté par le complexe de l’ailleurs. Ou disons par sa fibre étrangère.
En exigeant dans un haro quasi-général, la démission d’Ousman Cissé, les Gabonais sont-ils pour autant devenus, en un claquement de doigts xénophobes ? La réponse est absolument NON!
Car ceux qui cèdent, par esprit de simplicité à cette accusation, devraient d’abord faire un tour d’horizon des postes de responsabilité occupés depuis des décennies par des personnes dont l’origine étrangère ne fait pas de doute. Quand ce ne sont pas des Gabonais d’adoption, ce sont ceux ayant un pied de l’autre côté comme le dit trivialement monsieur tout le monde, ou alors ce sont carrément des étrangers pur jus, c’est-à-dire ceux qui ne sont Gabonais ni de père, ni de mère.
Une colonisation inacceptable
Et les exemples de la réussite ou de cette promotion spectaculaire de ces catégories de personnes sont si légion qu’ils finissent par heurter violemment la conscience des populations autochtones. Lesquelles, désabusées, ont souvent l’impression d’être infantilisées et ignorées dans leur propre pays où ils triment pour survivre au quotidien, pendant que des gens venus d’ailleurs ou soupçonnés comme tels, mènent une vie dispendieuse tout en les narguant chez elles.
Combien de fois n’a-t-on pas entendu un » Libanais ou un Mauritanien », avec des patronymes des « grandes familles » au Gabon, papiers à l’appui, narguer et répéter à la barbe d’un Gabonais qu’il est plus Gabonais que lui ? Combien de fois n’a-t-on pas chassé des Gabonais de leurs terrains parce qu’une « législation trop permissive du foncier » les a attribués à des opérateurs économiques étrangers? Combien de « Béninois, Sénégalais, Maliens, Burkinabè, Camerounais » et autres sont devenus, avec une facilité déconcertante, des vendeurs de terrains aux Gabonais dans leur propre pays ? Combien d’entre eux, du fait des ramifications diverses, occupent des postes de responsabilité politique et administrative, dans des entreprises nationales, y compris dans les régies financières ? Quelle population peut rester insensible à ce scénario d’accaparement de ses biens ?
La récente manifestation de colère des Gabonais contre « la nomination d’Ousman Cissé à la tête d’une entreprise nationale de l’énergie, un secteur hautement stratégique pour un pays, n’est-elle pas légitime » ? Peut-on imaginer un Gabonais à la tête d’une telle entreprise au Sénégal, au Bénin, au Burkina Faso, etc., sans que les populations de ces pays ne trouvent rien à dire ? Pourquoi le Gabonais admettrait-il se qui serait inadmissible pour le Sénégalais, le Béninois ou encore pour le Burkinabè ?
La fibre étrangère
Au fond, taxer les Gabonais de xénophobes, c’est insulter leur bonté dans leur coexistence pacifique avec leurs amis expatriés au quotidien, le Gabon étant une terre d’accueil de nombreux expatriés qui y mènent librement leurs activités. C’est méconnaître leur patience et leur passivité dans la promotion à tour de bras des étrangers par « un pouvoir manifestement hanté par le complexe de l’étranger, qui serait plus apte à exercer telle ou telle responsabilité que l’autochtone ». Sauf à croire que ce goût de l’exotisme intellectuel serait « symptomatique de la fibre étrangère de ce pouvoir, qui visiblement n’a que foutre de notions de patriotisme et autre nationalisme. »
Au fond, en exigeant la démission d’Ousman Cissé, les Gabonais n’ont pas fait montre d’une xénophobie spontanée. Ils ont au contraire voulu défendre ce qui leur est de plus cher, la ligne rouge qu’il ne fallait pas franchir dans cette vaste braderie de ce qui fait réellement le Gabon, sa souveraineté nationale, dont la SEEG reste un des domaines inviolables.
CNN