Édito/Gabon : homosexualité, le prix du Commonwealth ?

Après la dépénalisation, c’est-à-dire l’autorisation de l’homosexualité en 2020, le Gabon veut désormais introduire l’enseignement de cette pratique au pré-primaire. Et malgré le haro général suscité par ce projet jugé abominable, parce que contraire au métabolisme culturel du pays, le gouvernement, sourd, n’entend pas reculer. Certains y pointent le prix à payer pour bénéficier des commodités du Commonwealth intégré l’année dernière.
« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur, au-delà», disait le philosophe français, Blaise Pascal, pour démontrer qu’une pratique fonctionnant dans un milieu, avec ses us et coutumes, n’est pas forcément la règle d’or ailleurs.
Pourtant, aussi logique et pertinente que puisse paraître cette pensée de Pascal, elle ne semble pas convaincre les autorités gabonaises décidées à promouvoir coûte que coûte l’homosexualité dans un pays majoritairement chrétien, et où le respect de la tradition africaine de la sexualité naturelle est si ancré dans les mentalités qu’il ne laisse aucune place aux pratiques importées de gays et de lesbiennes.
Un des rares États à vouloir l’homosexualité en Afrique, une déviance sexuelle contraire à l’esprit culturel de sa population, le Gabon a décidé d’aller plus loin en introduisant son enseignement aux enfants du pré-primaire. Ce programme, explique l’UNICEF qui en a rejeté la responsabilité au regard du tollé suscité, vise à inculquer aux enfants, « une éducation à la santé et au bien-être », notamment matière de « compétences de vie et les stratégies pour construire des amitiés saines, prévenir le harcèlement et la violence et être préparé à la puberté».
Quelle que soit l’explication pour tenter de justifier ce programme polémique, la question qu’il soulève de facto est celle de son opportunité même. Surtout au regard de la cible choisie, une cible très vulnérable puisqu’il s’agit des enfants dont certains ne sont âgés que de seulement deux ans. Or, en décidant d’enseigner à ces enfants qu’un homme peut avoir des relations sexuelles avec un autre, et qu’une femme peut en faire autant, cet enseignement installe insidieusement une sorte de normalité chez les enfants, qui manquent encore de jugeote. Lesquels peuvent grandir en développant ces pulsions et les extérioriser pour en faire des orientations sexuelles. À moins que l’objectif in fine soit de faire du Gabon, un pays totalement homosexuel pour continuer à satisfaire les conditionalités des bailleurs de fonds et autres lobbies occultes, décidés à détruire et saccager la morale africaine de la sexualité, au nom d’une vision uniformisée et dangereuse de l’occidentalisation du monde. Car cette « peste homosexuelle », pour reprendre les termes du prophète Béni Ngoua Mbina, porte en elle, les germes de ce qu’il a appelé la « malédiction nationale ». Et c’est à se demander si cette malédiction n’a pas déjà commencé à sévir au regard des naufrages et déraillements récurrents enregistrés ces derniers temps.
Commonwealth à deux vitesses
Face à ce hyper promo ces dernières années, de la pancarte LGBT, des langues se délient en pointant du doigt une exigence du Commonwealth. Mais même si cette supposition peut comporter sa part de vérité, elle ne paraît toutefois pas suffisante pour expliquer les pulsions homosexuelles des autorités qui allèguent la nécessité de faire évoluer les mentalités. Au nom de quoi ou de qui ? À cette question, les défenseurs de la pratique restent évasifs.
Mais toujours est-il que la conditionalité du Commonwealth à elle seule ne saurait expliquer cette institutionnalisation de l’homosexualité au Gabon. Car d’autres membres de l’organisation comme le Cameroun, le Rwanda ou encore l’Ouganda, pour ne citer que ceux-là, restent pourtant foncièrement opposés aux relations sexuelles entre personnes de même sexe. L’histoire retiendra que Yoweri Museveni, le Chef de l’État ougandais qui vient de durcir la loi anti-LGBT dans son pays n’a pas reculé malgré le chantage et sanctions américaines.
Le Commonwealth, serait-il alors devenu plus exigeant avec le Gabon, qui le brandit à souhait comme un gage de développement qu’avec les autres pays membres africains ? Si tel est le cas, quel intérêt, le Gabon aurait-il à adopter une pratique rebutée par tous ? S’agit-il d’un Commonwealth à deux vitesses ou d’un simple penchant développé par une caste minoritaire, qui tente de se protéger désormais en voulant normaliser une pratique largement décriée ?
Le paradoxe du copier-coller
Dans tous les cas, avec cette promotion sans gêne de l’homosexualité, en dépit de la rebuffade de tout le monde, le gouvernement gabonais confirme ainsi sa volonté de détruire, déshumaniser, mieux d’avilir la société gabonaise dans son essence africaine.
Car le Gabon, malgré six décennies d’indépendance reste l’un des pays sinon le plus acculturé en Afrique, puisqu’il ne vit qu’en imitant systématiquement le Blanc, qui lui sert toujours de modèle, les reliques de la colonisation et le mythe d’Otangani (l’homme blanc) y étant encore largement vénérés. Comme l’écrivait Franz Fanon dans Peau noire, masque blanc, l’entreprise coloniale a fini par créer dans l’esprit du colonisé, des complexes et des schèmes de représentations qui, telle une pathologie, le poussent perpétuellement à vivre comme son colonisateur.
Et cette référence systématique à l’homme blanc reste malheureusement l’obsession du Gabon, un pays qui fait du Français et de l’Anglais, ses canaux de communication de prédilection quand ses habitants ne sont soudés par aucune langue nationale locale, 63 ans après l’indépendance.
Un pays où des pans entiers de souveraineté sont pour l’essentiel confiés aux expatriés et autres naturalisés au mépris des autochtones condamnés à raser les murs.
Un pays qui veut l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes, parfois même au mépris des usages coutumiers, au nom d’une modernité occidentale qui frise, dans certains cas, la conflictualité avec la tradition.
Un pays dont le modèle constitutionnel est inspiré de la constitution française de 1953, mais peine à fonctionner comme une démocratie viable.
En tout et pour tout, ce paradoxe du copier-coller à tout-va, illustre les contradictions d’un pays devenu, à l’évidence sans repère culturel, ballotté au gré du vent impétueux d’une mondialisation manifestement sans borne, sans filtre.
CNN