Édito/Éboulements et mesurettes : Le  fonds de commerce électoral qui pourrait coûter cher

 Édito/Éboulements et mesurettes : Le  fonds de commerce électoral qui pourrait coûter cher

Tel un médecin après la mort, le gouvernement s’active désormais, médiatiquement pour trouver un logement plus ou moins décent à la famille endeuillée le 20 octobre dernier, suite à l’éboulement meurtrier qui a tué 7 membres d’une même maison au Pk 8 à Libreville. Un drame qui aurait pu être évité, si la capitale disposait d’un plan d’assainissement et d’urbanisation viable.

Combien de drames de ce genre devrait-on encore enregistrer pour enfin prendre la mesure de la situation ? Combien de maisons doivent encore s’effondrer ou s’inonder à la moindre pluie ? Combien de vallées doivent encore se gorger d’eau ? Combien de rues entières doivent encore se transformer en fleuves avec tous les dommages collatéraux inimaginables, avant que le gouvernement n’agisse ?

À l’évidence, l’éboulement meurtrier du 20 octobre dernier au Pk 8 est l’illustration tragique de l’échec des politiques publiques. Qu’il s’agisse du plan d’urbanisation et d’assaisonnement des villes, ou de la construction des logements sociaux, toutes les promesses faites depuis près de 14 ans n’ont pas ou presque pas été tenues. Du moins si réalisations il y a, elles restent largement en deçà des attentes. Car si on peut noter quelques ouvrages d’assainissement de bassins-versants et de voiries urbaines à Libreville, notamment dans des quartiers comme Nzeng-AyongTerre-nouvelle, Cocotiers, etc., beaucoup reste encore à faire dans une capitale traversée par des vallées, cours d’eau et autres marécages. Le constat est encore plus alarmant dans l’intérieur du pays où la plupart des grandes villes ne disposent d’aucun plan d’assainissement et où les inondations sont aussi fréquentes qu’à Libreville.

Surtout avec le phénomène des constructions anarchiques sous l’œil impuissant des pouvoirs publics, qui laissent pousser ces maisons pêle-mêle, sans permis de construire.

Sans doute parce n’ayant pas pu concevoir et faire appliquer une vraie politique d’assainissement et d’urbanisation du pays, sans parler de construire 5 000 logements sociaux par an, pour une population d’à peine deux millions d’habitants dans un pays qui exploite le pétrole, le manganèse, le bois, l’or et bientôt le fer, et où des fonctionnaires détournent allègrement des dizaines de milliards de FCFA, le gouvernement se trouve lui-même marginalisé et préfère pour cela le laxisme à l’exigence.

Un fonds de commerce électoral dangereux

Alors que le président Ali Bongo Ondimba qui est allé lui-même au chevet de la famille endeuillée par la mort tragique de 7 de ses membres dans cet éboulement du PK 8, a promis le relogement à Bikélé dans la périphérie sud de Libreville, des membres rescapés , des interrogations demeurent néanmoins.

Faudra-t-il toujours attendre qu’un sujet devienne viral sur la toile pour que le gouvernement prenne la mesure de la situation ? Combien de victimes devrait-on d’abord enregistrer avant de reloger les milliers de familles qui construisent des abris de fortune sur des terrains précaires du fait de la démission notoire de l’État et des difficultés d’accès au foncier ?

Au fond, malgré le branle-bas du gouvernement qui s’active médiatiquement ces derniers jours pour reloger la famille du PK 8, tel un médecin après la mort, difficile de ne pas faire le lien avec les élections générales de 2023. L’occasion faisant le larron, cette surmédiatisation du relogement d’une famille éplorée avec un besoin d’intimité n’est en réalité qu’une mesurette qui risque de faire prendre le gouvernement à son propre piège. Car en l’absence des politiques publiques viables en matière d’assainissement, d’urbanisation et de logements sociaux, le gouvernement qui vient de créer un précédent se verra désormais dans l’obligation d’aller au chevet de toutes les victimes d’inondations et d’effondrement des maisons pour éviter un deux poids deux mesures.

CNN

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