Dialogue national : Des assises à la mesure du CTRI ?

Annoncé au lendemain du coup de la libération qui a coûté son poste à Ali Bongo le 30 août dernier, le dialogue national s’ouvre le mardi 2 avril à Libreville. De la préparation à l’ouverture des assises, le processus a été jugé plus ou moins opaque par certaines voix de la société civile, et même des sages de la République. Ce qui laisse transparaître l’idée d’un dialogue à la mesure du CTRI, le comité pour la transition et la restauration des institutions, organe militaire qui dirige le pays depuis 7 mois.
Au total, 580 délégués issus des partis politiques, du comité pour la transition et la restauration des institutions, des organisations de la société civile, des congrégations religieuses, des jeunes, des handicapés, pour ne citer que ceux-là, doivent prendre part à ces assises qui se déroulent du 2 au 30 avril à Libreville, la capitale gabonaise. Ces assises attendues depuis le coup de la libération qui a renversé Ali Bongo le 30 août 2023, doivent redéfinir un nouveau cadre institutionnel ainsi qu’une nouvelle gouvernance du pays. Grosso modo, il s’agit d’un dialogue de rupture, rupture avec la démocrature. Car depuis l’avènement d’un multipartisme de façade, il y a 34 ans, le Gabon n’est jamais parvenu à une stabilité politique viable. Cela malgré la conférence nationale de 1990, les Accords de Paris de 1994, les Accords d’Arambo de 2006, le dialogue national d’Angondje de 2017, ou encore la concertation politique de 2023. Soit cinq grand-messes qui n’ont servi que de partage des postes entre les acteurs politiques, sans toutefois parvenir à doter le pays d’un système électoral viable.
Puisque les élections présidentielles depuis 1993, au lieu de participer à la construction d’un édifice démocratique viable, ont plutôt donné lieu à la contestation systématique des résultats truqués, avec des scènes d’ensauvagement des contestataires et de forces de l’ordre, qui ont abouti à des tueries, des disparitions et de dégradations matérielles importantes.
La marque du CTRI
Pour avoir tiré les leçons douloureuses de cet échec imputé aux politiciens, le CTRI, le comité pour la transition et la restauration des institutions, l’organe militaire qui dirige le pays depuis le mois de septembre 2023, a décidé d’imprimer sa marque sur l’organisation de ce nouveau dialogue. Plus de délégations pléthoriques des acteurs politiques, réduits à un représentant par parti. Mieux, ils ont même été exclus de la présidence du dialogue. Ce sont donc les religieux, la société civile et les militaires qui se taillent la part du lion.
Seulement, cette prise en main des choses par le CTRI apparaît pour certains comme une volonté unilatérale des militaires d’organiser à leur guise, un dialogue dont les conclusions engagent pourtant la vie de la nation toute entière. C’est en tout cas ce que pensent certaines organisations politiques, de la société civile, et même les sages de la République, qui ont déploré dernièrement l’absence d’un comité préparatoire multipartite, tout ou presque ayant été managé par le CTRI et le ministère de la réforme des institutions, y compris le choix de certains représentants, fustigé par certaines organisations syndicales, à l’exemple du SENA, le syndicat de l’éducation nationale qui soutient que le délégué désigné pour le représenter n’est pas un membre du syndicat.
Dans cette ambiance, et malgré l’apparence d’une adhésion massive, des inquiétudes naissent déjà quant au caractère inclusif auquel les autorités de transition tiennent tant. D’autant que l’article 11 du décret portant convocation du dialogue précise que les actes ayant vocation à s’appliquer avant la fin de la transition doivent être conformes à la charte de cette transition.
Or, cette charte qui est l’émanation du seul CTRI, n’ayant jamais fait l’objet d’une discussion et d’une adoption en plénière par les forces vives de la nation, ne peut être opposable à certaines résolutions du dialogue que tout le monde voulait souverain. Autant d’éléments troublants et dans ce contexte, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut craindre une résurgence de la malédiction des dialogues passés. Car le défi pour les militaires est de réussir là où les politiques qu’ils critiquent ont échoué.
Ndesali Komeni