Déguerpissement à Owendo : une nécessité urbaine à humaniser

Le Gouvernement de la Transition a lancé ces dernières semaines une vaste opération de déguerpissement dans plusieurs quartiers du Grand Libreville. Cette semaine, les bulldozers sont entrés dans la zone de la SNI, à Owendo. Pour les autorités, il s’agit d’un acte de salubrité publique, d’aménagement rationnel du territoire, et d’anticipation sur les risques liés à l’occupation anarchique de certaines zones. Mais pour de nombreuses familles, cette opération soulève autant d’espoirs que d’inquiétudes.
Annoncée par le ministre de l’Urbanisme, Ludovic Megne, cette politique de réorganisation spatiale s’inscrit dans une vision de redéfinition de la trame urbaine de Libreville, longtemps marquée par l’improvisation et la précarité. Les quartiers dits à risque, souvent construits sans autorisation, sur des servitudes ou des zones inondables, sont particulièrement ciblés. Dans un pays où les inégalités territoriales sont criantes et où le logement social peine à répondre à la demande, la question du déguerpissement touche au cœur de la dignité humaine.
Une opération nécessaire mais perfectible
Il serait erroné de nier la légitimité de cette initiative. Le droit à un environnement sain, à des infrastructures sécurisées et à une ville organisée est un enjeu majeur du développement durable. En cela, le gouvernement agit dans le cadre de ses prérogatives régaliennes. Mais comme le rappellent plusieurs observateurs, dont certains chercheurs de l’Université Omar Bongo, l’enjeu n’est pas uniquement technique : il est aussi éthique, humain et social.
À ce titre, plusieurs propositions émergent pour améliorer la méthode. Parmi elles, la publication d’un calendrier officiel des opérations et d’une liste publique des zones concernées. Une telle démarche renforcerait la transparence, réduirait les rumeurs et éviterait l’effet de surprise qui exacerbe les tensions sociales.
Informer, dialoguer, accompagner
L’autre piste évoquée par la société civile, c’est la communication de proximité. Des campagnes de sensibilisation ciblées, portées par les radios locales, les réseaux sociaux et les leaders communautaires, permettraient de préparer les esprits. De plus, l’organisation de réunions publiques avec les chefs de quartiers, les associations et les autorités municipales renforcerait la compréhension des enjeux et permettrait d’anticiper les résistances.
Mais au-delà du dialogue, c’est la question de l’accompagnement social qui reste centrale. L’identification en amont des ménages touchés, la mise à disposition de solutions de relogement temporaires ou pérennes, et l’octroi d’aides financières conditionnelles sont autant de mesures à envisager. Car pour qu’un déguerpissement soit socialement acceptable, il ne peut se faire sans une prise en charge des plus vulnérables.
Un modèle à inventer
Le cas du quartier SNI-Owendo illustre les défis d’une politique de transformation urbaine dans un contexte de transition politique et de fragilité sociale. Si cette opération s’inscrit dans une volonté louable de bâtir une ville moderne et sûre, elle ne pourra atteindre pleinement ses objectifs sans associer la population à chaque étape du processus.
À l’heure où le Gabon s’interroge sur le modèle de société qu’il souhaite construire, la manière de conduire les déguerpissements est aussi révélatrice de la place accordée aux citoyens les plus modestes dans les politiques publiques. Humaniser cette démarche, c’est aussi faire preuve de maturité institutionnelle.
Une réorganisation urbaine, pour être durable, ne peut se faire au détriment de la cohésion sociale. En cela, le gouvernement a l’occasion d’innover, en proposant un modèle gabonais de déguerpissement responsable, fondé sur l’écoute, l’équité et la planification. Ce serait là un pas décisif vers une République réellement inclusive.
Justin Mbatchi