Conseil national de la démocratie : Une institution inutile ?
La question a le mérite d’être posée au regard de la marginalisation décriée de l’institution qui fait face à tous les problèmes depuis son exhumation en 2015. C’est en tout cas ce qu’a dénoncé son président, Séraphin Ndaot à l’ouverture de la deuxième session plénière du CND mercredi 19 octobre à Libreville.
Arriérés de salaire des agents depuis six ans, manque de budget de fonctionnement, non-renouvellement des véhicules incendiés lors des violences post électorales de 2016, le blocage illégal des financements des partis politiques depuis 2014, vétusté avancée des locaux, etc. la liste des problèmes cités par Séraphin Ndaot Rembongo est longue.
Lors de son discours d’ouverture mercredi, de la deuxième session plénière de 2022, devant la première ministre, Rose Christiane Ossouka Raponda, le président du Conseil national de la démocratie a dénoncé cette paupérisation presque entretenue de l’institution.
Les budgets alloués au CND ne sont versés qu’au compte-gouttes ou pas du tout. Par exemple pour 2022, l’institution n’est toujours pas en possession de son budget de fonctionnement à deux mois de la fin de l’année. Certains pensent qu’il ne sera même pas exécuté. Et les difficultés financières du Conseil national de la démocratie sont telles que l’institution ne peut même pas organiser une plénière. Conséquence, le CND est contraint d’opérer chaque fois des agissements pour survivre au centime près.
Ndaot Rembongo a donc déploré le mépris du CND par ceux-là mêmes qui l’avaient créé.
Au terme de la session plénière de 2021 par exemple, l’institution avait formulé plusieurs recommandations à destination du président de la République, de la présidente du Sénat, du président de l’Assemblée nationale, de la présidente de la Cour constitutionnelle. À ce jour, aucun de ces destinataires n’a réagi à ses propositions. C’est dire combien la marginalisation est grande.
Et elle l’est d’autant plus que le CND n’a même pas été consulté lors des élections législatives partielles du 15 octobre dernier. Tout cela au mépris de la loi qui prévoit l’envoi par l’institution des observateurs sur le terrain.
Une mort à petit feu
À ce jour, toutes les recommandations faites par le Conseil national de la démocratie n’ont jamais abouti. Ces propositions concernent notamment la nécessité d’instaurer un dialogue préélectoral avec tous les acteurs concernés pour rappeler les règles du jeu. Cela permet d’assainir le climat avant le vote ; la prise en compte des propositions faites par les partis politiques et les organisations de la société civile pour un scrutin transparent et apaisé, la lutte contre le chômage des jeunes dont la courbe indique aujourd’hui 37 %, pour ne citer que celles-là. Car le CND estime qu’il ne saurait y avoir de paix et de démocratie dans un pays où le chômage constitue un goulot d’étranglement pour les populations.
Créé à la suite des Accords de Paris, organisés au lendemain des violences post électorales de 1993, puis mis sous éteignoir, le Conseil national de la démocratie avait été exhumé en 2015 par Ali Bongo Ondimba. Lequel voulait mettre en place un cadre permanent de dialogue politique, l’objectif étant de prévenir les conflits.
Seulement, l’institution voulue comme telle se meurt à petit feu, au vu et au su de tous, y compris de celui qui l’a réhabilité, à tel enseigne qu’on se demande si le CND n’est pas devenu une institution inutile, qui risque certainement une seconde mort. Rien n’est désormais moins sûr au vu de l’agonie entamée.
CNN