Concertation politique : une semaine de flottement

Voulue comme un préalable à l’organisation transparente des élections de cette année, la concertation politique tant attendue au Gabon démarre poussivement avec du plomb dans l’aile. Et ce, dans un cafouillage général.
Sans consultations préalables des parties, sans format consensuel de départ, les négociations, prévues pour durer 10 jours, ont déjà perdu près d’une semaine, sans avancées notables. Un retard à l’allumage imputable à plusieurs raisons.
Parmi elles, l’instrumentation de l’opposition par le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha qui a décidé de placer tous les partis politiques de l’opposition sur un même pied d’égalité, au mépris de la représentativité des grands partis. Placées ainsi sur leur piédestal, les petites formations légalisées à tour de bras pour les besoins de la cause, et pour la plupart réunies au sein de la plateforme PG41, tiennent la dragée haute aux grands partis en voulant s’arroger les premiers rôles dans cette concertation politique.
Éviter le piège
Sentant derrière cette manœuvre, la main noire du régime, les partis d’opposition, les plus représentatifs, réunis au sein de la plateforme « Alternance 2023 », ont appelé le ministre de l’Intérieur à revoir sa copie. La journée de mardi perdue, mercredi soir, Lambert Noël Matha revoie en effet sa copie en tenant compte des exigences posées par les grands partis.
Sauf que les bagarres internes de l’opposition n’étant pas le seul couac de cette concertation, les opposants les plus avertis pointent du doigt une autre anomalie : l’imposition unilatérale de l’agenda des travaux par le seul camp du pouvoir. Chose étonnante pour une concertation politique, dont l’enjeu est de parvenir à l’organisation d’élections aux lendemains apaisés, dans un pays qui n’en a presque jamais connu depuis le retour au multipartisme en 1990. Là encore, l’opposition, notamment celle regroupée au sein de « Alternance 2023″ annonce son retrait, en appelant à nouveau le gouvernement à revoir le format du dialogue. Un appel visiblement ignoré.
Sauver les meubles
Après trois jours de flottement, le gouvernement qui tient à sauver les meubles et rejeter la responsabilité d’un éventuel échec sur l’opposition, s’est enfin retrouvé avec quelques partis, essentiellement de la PG41. Mais là aussi, sans entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire les questions de transparence électorale, les négociations s’achoppent pendant deux jours (jeudi et vendredi) sur les questions préalables, l’opposition exigeant une garantie que les recommandations adoptées à l’issue de cette concertation soient traduites en actes de lois.
Alors qu’elle était censée durer du 13 au 23 février, le gouvernement voulant sans doute apaiser l’opposition avant l’arrivée le 1er mars d’Emmanuel Macron à Libreville, la concertation politique qui débute laborieusement pourrait fausser ce calendrier.
CNN
Credit photo : Gabonmailinfo