Concertation politique : l’opposition flouée par la majorité

 Concertation politique : l’opposition flouée par la majorité

C’est un véritable réquisitoire que le président de Les Démocrates libres, Séraphin Akuré-Davain a dressé contre le pouvoir pour sa mauvaise foi dans l’application des doléances de l’opposition, formulées lors de la concertation politique de février dernier. L’opposant visiblement désabusé se plaignait ainsi au cours de sa conférence de presse samedi 29 juillet à Libreville, sur le processus électoral qu’il juge mal entamé.

 

Blocage des travaux du comité de suivi de la mise en œuvre des recommandations de la concertation, décrispation du climat sociopolitique par des mesures administratives en faveur des exilés et autres prisonniers politiques, découpage électoral sur base de la démographie des circonscriptions, introduction d’une dose de proportionnelle aux élections des parlementaires, réforme des institutions comme la Cour constitutionnelle ou encore le Conseil national de la démocratie, considéré jusqu’ici comme une coquille vide, etc. Ce catalogue des doléances de l’opposition attend toujours d’être concrétisé par le pouvoir en place. À ce jour, seules deux de ses recommandations ont été prises en compte, à savoir la possibilité pour chaque Gabonais de s’inscrire sur la liste électorale en tout lieu du territoire national et à l’extérieur du pays, et la réduction du montant de la caution à payer pour tous les candidats aux élections politiques. 

Entre-temps, le pouvoir de son côté s’est empressé, au sortir de la concertation politique de février dernier, de transformer ses propres doléances majeures en textes législatifs et réglementaires. On peut citer dans cet ordre, la suppression du mode d’élections à deux tours qui lui donnait des insomnies, et l’harmonisation de la durée des mandats politiques à 5 ans, dont l’objectif insidieux était de faire avaler à ses interlocuteurs, la pilule amère de la suppression de ce deuxième tour. Lors de sa conférence de presse organisée samedi 29 juillet à Libreville, Séraphin Akuré-Davain, le président du parti d’opposition, Les Démocrates libres n’y est pas allé par quatre chemins, pour pointer la mauvaise foi du pouvoir dans le suivi et l’application des recommandations de l’opposition. 

Même s’il dit ne pas regretter sa participation à la concertation organisée du 13 au 20 février 2023, il constate aujourd’hui, l’air désabusé, que le président Ali Bongo n’a pas fait mentir l’oracle comme il le lui avait suggéré, lors de la remise du rapport de cette concertation voulue par le pouvoir pour uniquement changer les règles du jeu plus ou moins transparentes qui le dérangeaient tant. Et c’est pour cela que, ne voulant pas ajouter de la cacophonie à la cacophonie observée ces derniers jours dans l’organisation des élections générales pour lesquelles le pouvoir change les règles à sa guise, Séraphin Akuré-Davain propose de reporter le scrutin, le temps de bien ficeler les préparatifs. Car pour lui, l’objectif est d’organiser un scrutin apaisé, dont les règles sont acceptées de tous.

Dialogue politique, le rouage bien connu du pouvoir

Il faut dire que le camp au pouvoir n’est pas à sa première fourberie du genre.  En 2017, le dialogue qu’il a organisé dans l’urgence pour calmer les velléités contestataires de l’opposition qui réclamait la vérité des urnes a abouti à l’adoption de nombreux textes législatifs, qui ont presque tous été abandonnés. On peut citer entre autres la suppression d’élections à deux tours, la suppression de la possibilité pour la haute autorité de la communication  (HAC) de comprendre dans son bureau, deux représentants désignés par la presse. Désormais l’institution ne fonctionne qu’avec des membres tous nommés par le gouvernement en place. Pire, comme pour la concertation politique, le comité de suivi des actes du dialogue d’Angondje est lui aussi un mort-né, car il n’a jamais fonctionné. Là encore du fait de la mauvaise volonté du pouvoir. 

Au fond, l’organisation des dialogues et autres concertations politiques qui coûtent cher au trésor public est devenue, à mesure qu’il s’enracine, le modus operandi du pouvoir dont la seule ingéniosité est de chercher à endormir les velléités contestataires des opposants à travers des rencontres sans lendemain, le temps d’adoucissement d’une contestation postélectorale. Et c’est bien dommage pour des opposants qui s’y engouffrent tête baissée, sans jamais flairer le moindre danger à l’horizon.

 

 

CNN

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