Cameroun/Crise de régime : Issa Tchiroma rompt le silence et questionne la gouvernance de Paul Biya

 Cameroun/Crise de régime : Issa Tchiroma rompt le silence et questionne la gouvernance de Paul Biya

Yaoundé, 1er juillet 2025. Dans une sortie médiatique d’une rare virulence, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre et figure de proue de la scène politique camerounaise, a publiquement mis en cause l’état actuel du pouvoir exécutif au Cameroun, n’hésitant pas à évoquer l’incapacité présumée du président Paul Biya à exercer ses fonctions.

Une prise de parole choc d’un ancien fidèle

Connu pour avoir été un soutien constant du régime, Issa Tchiroma a surpris en dénonçant un pouvoir qu’il qualifie aujourd’hui d’« autiste », « distant » et « désengagé ». Selon ses propos :

« On ne gouverne pas un pays par procuration. Le chef de l’État est invisible, inaccessible. Il n’a plus la force pour exercer. »

Cette déclaration, lourde de conséquences, marque une rupture radicale avec la ligne qu’il défendait depuis des décennies.

Une gouvernance à l’arrêt ?

L’ancien ministre dresse un tableau préoccupant de la gestion de l’État :

Aucun conseil des ministres organisé depuis 14 ans,
– Des postes gouvernementaux laissés vacants après le décès de titulaires,
– Une administration paralysée, minée par des rivalités claniques,
– Un système politique « en fin de règne », dominé par les luttes de succession.

Ces accusations cristallisent un malaise institutionnel que certains observateurs évoquent depuis plusieurs années, sans que ces critiques ne soient jamais portées aussi frontalement par une personnalité de l’intérieur du système.

Vers une recomposition du paysage politique ?

Au-delà du diagnostic posé, les propos d’Issa Tchiroma relancent le débat sur la transition politique au Cameroun. En déclarant que « le pouvoir est la propriété du peuple », il semble vouloir ouvrir la voie à une refondation démocratique, suggérant que même les anciens piliers du régime s’interrogent désormais sur la légitimité et l’avenir de l’actuel exécutif.

Si cette prise de position ne s’accompagne pas encore d’un projet politique alternatif clair, elle pourrait toutefois précipiter une reconfiguration du champ politique camerounais, à la veille d’échéances sensibles.

Dans un contexte régional marqué par des transitions politiques parfois abruptes, les déclarations d’Issa Tchiroma résonnent comme un signal d’alarme. Qu’elles traduisent un sursaut individuel ou le début d’un mouvement plus large, elles posent avec acuité une question centrale : celle de la responsabilité politique face au silence du pouvoir.

 

Patricia Koumba 

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