Appels à la candidature d’Oligui Nguema : le bal des opportunistes

 Appels à la candidature d’Oligui Nguema : le bal des opportunistes

Comme sous le régime déchu d’Ali Bongo, des associations, pros Oligui se créent çà et là, des appels se multiplient pour la candidature du Général aux deux étoiles, qui a pris le pouvoir le 30 août dernier. Et cela, bien que les élections, théoriquement prévues pour août 2025, soient encore loin à l’horizon. Ainsi est ouvert le bal des opportunistes patentés qui sautent de mangeoire en mangeoire, en fonction de la conjoncture politique.

Venu pourtant restaurer les institutions avec, à terme, l’organisation d’élections démocratiques, libres et transparentes, le général de brigade, Brice Clotaire Oligui Nguema n’est encore qu’à cinq mois de sa mission que les chants de sirène fusent déjà de toute parts. Dans les rangs de l’ancien régime qui n’a fait aucun deuil pour Ali Bongo, ou encore parmi ceux qui cherchent eux aussi à se faire une place sous le soleil, des appels se multiplient pour la candidature du président de transition à la présidentielle d’août 2025. Des associations telles que “OLIGUI DOIT RESTER”, invitent désormais l’homme aux deux étoiles à demeurer au pouvoir au-delà même de la transition pour, disent-elles, “terminer l’œuvre qu’il a entamée”. Des méthodes qui rappellent tristement celles ayant forgé l’égarement d’Ali Bongo.

Et le leurre de Brice Clotaire  Oligui Nguema serait de céder sans lucidité aucune à ces appels.  Car les mêmes causes produisant les mêmes effets, il risque lui aussi de tomber dans l’ivresse et dans l’usure du pouvoir, avec in fine la désapprobation du peuple qui l’acclame aujourd’hui. Même si, à l’évidence, il y a peu de doute que le Général-président se déclare candidat au scrutin de l’année prochaine, il ne devrait pas perdre de vue que sa mission telle que formulée dans la nuit même du 30 août 2023, est d’abord de restaurer les institutions pour faire du Gabon, un pays démocratique viable. Car comme le disait l’ancien président américain, Barack Obama, l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais plutôt d’institutions fortes. Et bien de crises qui secouent notre continent depuis les indépendances sont pour l’essentiel imputables à des dirigeants qui se croient si forts et si providentiels, qu’ils font croire que sans eux, ce serait le chaos.

L’exemple de Jerry Rawlings

Et comme Oligui Nguema avait cité Jerry Rawlings, lors de sa prestation de serment le 4 septembre dernier, il convient de rappeler que cet officier de l’armée ghanéenne est jusqu’ici cité en un exemple dans l’histoire des coups d’État militaires et de gestion des transitions politiques en Afrique. Car par deux fois Jerry Rawlings a renversé les régimes politiques en place dans son pays, par deux fois, il a remis le pouvoir aux civils. Dans la mémoire des Ghanéens, Jerry Rawlings demeure à jamais ce militaire qui instaura le multipartisme en 1992 et quitta le pouvoir en 2001, après deux mandats consécutifs, conformément à la Constitution ghanéenne. Ce qui a inauguré l’alternance démocratique avec l’élection de son opposant John Kufuor. 

C’est donc grâce à l’intervention de cet officier respectable et respecté que le Ghana est aujourd’hui un pays démocratique stable et enviable, avec une durée de 4 ans renouvelables une fois pour le mandat présidentiel, des universités aux normes et reconnues à l’international puisque le pays fait figure de centre d’attraction pour de nombreux étudiants africains, dont de plus en plus de Gabonais. Il dispose d’une économie certes tributaire de la conjoncture internationale, mais plus ou moins solide. Sur la scène internationale, Jerry Rawlings a été plusieurs fois sollicité et a joué un rôle important dans la résolution des crises en Afrique de l’Ouest, notamment au Liberia. Oligui Nguema, saura-t-il s’inspirer de ce militaire remarquable pour faire du Gabon, un pays digne d’envie ou va-t-il au contraire se contenter de simples citations de la doctrine de Rawlings dont le passage à la tête de l’État aura transformé radicalement l’image du Ghana ? Une chose est sûre, avec cet exemple ghanéen de Jerry Rawlings, on comprend qu’il ne suffit pas à un militaire de faire un coup d’État pour entrer dans l’histoire. 

Il faut faire mieux que le régime qu’on a déposé. Et le Général Oligui serait bien inspiré de se méfier des appels du pied des opportunistes déguisés ou reconnus, qui ne visent qu’à satisfaire leurs propres intérêts. Car la stabilité du Gabon ne dépendra pas d’un homme, aussi providentiel, prétend-il, mais des institutions qui seront issues du dialogue national en préparation. Et c’est cela qui devrait être la priorité.

 

Ndesali Komeni

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