Affaire Laurence Ndong : Quand le bord de mer se défausse

Pour avoir fait nommer son époux, Cyrille Ndong au poste de directeur général adjoint de la SPIN, société de patrimoine et des infrastructures numériques, la ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Laurence Ndong est depuis quelques jours, lynchée sur la toile et par les médias. Cerise sur le gâteau, dans le trouble de cette cabale médiatique organisée, elle semble lâchée par la présidence de la République qui exige désormais sa démission.
Nomination scandaleuse, promotion familiale, népotisme, etc. Les qualificatifs sont si nombreux qu’on ne saurait tous les rapporter ici, depuis la nomination en Conseil des ministres lundi 20 janvier de Cyrille Ndong, au poste de directeur général adjoint de l’ARCEP, agence de régulation des communications électroniques et postales. Et pour cause, L’ARCEP est un établissement placé sous la tutelle du ministère de la communication, dirigé par Laurence Ndong, épouse du promu.
Si ces critiques sont en partie fondées parce qu’elles visent à lutter contre la promotion de la famille, pratique très en vogue au Gabon, pour peu qu’on soit à tel ou tel poste de responsabilité, leur virulence est pour le moins curieuse puisqu’elle instaure de fait une sorte de deux poids deux mesures. Car, quels que soient les secteurs de l’administration publique gabonaise, il n’est plus un secret pour les Gabonais que les nominations sous nos cieux sont avant tout l’œuvre de copinage, de connaissances que d’une méritocratie qui ne sert que de slogan politique. Un slogan bien loin de la réalité sociale érigée en règle de gouvernance. Et on se demande pourquoi alors clouer au pilori une femme pour avoir nommé son mari comme deuxième responsable d’une administration, surtout s’il en a les compétences.
Tous mouillés
A-t-on fait un procès ou exigé la démission du président de la transition, qui a nommé les siens à la direction du budget, à la Caistab, à la SEEG et un peu partout ? A-t-on fait un procès ou exigé sur un plateau de télévision, la démission du Premier ministre, Raymond Ndong Sima, dont le cabinet en octobre dernier n’était constitué pour l’essentiel que des gens de son ethnie fang ? A-t-on fait un procès ou exigé publiquement la démission des ministres et autres responsables d’administrations qui positionnent çà et là leurs amis, parents et connaissances ?
Le vrai scandale au contraire réside dans le fait que la présidence de la République, par le biais du conseiller spécial du général Brice Clotaire Oligui Nguema, Télesphore Obame Ngomo, enfonce le clou en demandant publiquement à Laurence Ndong de démissionner. Une sortie étonnante et sans élégance puisqu’une telle demande ne peut venir que du Premier ministre qui, en plus d’être chef du gouvernement est aussi le patron de l’administration. Surtout que Télesphore Ngomo a beau être conseiller du président de la République, il n’est pas porte-parole de la présidence.
De deux choses l’une : soit Télesphore a agi de sa propre initiative contre Laurence Ndong, à en juger par l’orientation même des questions à lui poser sur le plateau de Gabon 24 par une journaliste visiblement choisie pour faire le “sale boulot”. Puisque le sens de ces questions et ces réponses visent à faire passer la ministre pour une femme ne respectant pas les principes de méritocratie et de bonne gouvernance qu’elle a défendus contre le régime d’Ali Bongo, lorsqu’elle était encore dans la diaspora en France. Ce qui serait très grave parce qu’il parle au nom de la présidence de la République. Soit il a été instruit par Oligui Nguema pour venir crier haro sur la ministre dont lui-même a approuvé la nomination, de concert avec le Premier ministre. Ce qui serait une très mauvaise procédure de discrédit et d’éviction des membres du gouvernement. D’autant que c’est le président lui-même qui signe les décrets des nominations et qui est censé avoir un œil dessus. Surtout pour un général qui est en même temps patron du renseignement.
C’est dire que si nomination scandaleuse il y a, elle incombe également à la présidence de la République. Dans ce cadre, tout le monde s’étant rendu responsable, le mieux aurait été de convoquer, sans faire du bruit, la ministre incriminée, le lui faire savoir et lui demander de revoir sa copie au prochain Conseil des ministres. Le fait pour le bord de mer de chercher à se défausser en livrant une ministre à la vindicte populaire ne le disculpe pas. Au contraire. Dans tous les cas, quelle que soit l’issue de cette affaire, démission ou pas démission de Laurence Ndong, elle laisse transparaître désormais un vrai malaise au sein de l’appareil gouvernemental, car elle pose avant tout un problème de validation des nominations en conseil des ministres, avec la parabole biblique de la paille pourtant petite qu’on voit dans l’œil de l’autre et de la poutre si grosse qu’on ignore dans le sien.
Ndesali Komeni