Gabon : Un ex-ministre saisit la Commission africaine des droits de l’Homme, une affaire aux multiples facettes

Libreville, le 3 avril 2025 – L’ancien ministre des Mines Hervé Patrick Opiangah, en exil depuis quatre mois, a officiellement saisi la Commission africaine des droits de l’Homme pour demander protection contre ce qu’il qualifie de « persécution judiciaire et politique ». Une affaire complexe où s’entremêlent procédures judiciaires, déni des accusations et contexte politique tendu.
Les faits : une enquête et un exil
Hervé Patrick Opiangah, homme d’affaires et président du parti UDIS, est visé depuis novembre 2024 par une enquête pour inceste concernant sa fille Elisabeth – une accusation que cette dernière a publiquement rejetée, refusant de porter plainte. Ses avocats affirment que les autorités ont exercé des pressions sur elle, allant jusqu’à la placer en garde à vue « pour la convaincre ».
La nuit du 20 au 21 novembre, une descente des forces de sécurité à son domicile, décrite comme « sans mandat » par son entourage, a marqué un tournant. Depuis, Opiangah a quitté le Gabon, tandis que ses entreprises (employant 6.500 personnes) sont sous scellés, et ses salariés privés de revenus depuis cinq mois.
Une défense qui dénonce un « acharnement »
Ses avocats, dont Me Marc Bensimhon (connu pour avoir défendu l’opposant béninois Sébastien Avajon), ont multiplié les recours devant les tribunaux gabonais, sans succès. Ils estiment que leur client est victime d’une « instrumentalisation de la justice », évoquant son opposition au référendum constitutionnel de 2023.
Lundi, ils ont déposé une requête devant la Commission africaine des droits de l’Homme, espérant obtenir un réexamen impartial du dossier. « Mon client souhaite simplement rentrer chez lui en sécurité et reprendre ses activités », explique Me Bensimhon.
Un contexte politique sensible
Cette affaire survient en pleine campagne présidentielle, où le général Oligui Nguema, au pouvoir depuis août 2023, brigue la présidence. Si les autorités gabonaises n’ont pas encore officiellement réagi à la saisine africaine, des sources judiciaires affirment que l’enquête suit son cours « conformément à la loi ».
Parallèlement, les 6.500 employés d’Opiangah attendent une résolution, alors que le chômage est un thème central de la présidentielle. Certains observateurs s’interrogent sur les répercussions économiques et sociales d’un blocage prolongé de ses entreprises.
Et maintenant ?
La Commission africaine des droits de l’Homme devra statuer sur la recevabilité de la requête. Si elle l’accepte, le Gabon pourrait être invité à fournir des explications.
En attendant, cette affaire reste un sujet de débat :
– Pour certains, c’est une simple procédure judiciaire, où l’État agit contre un crime grave.
– Pour d’autres, c’est un exemple des tensions entre pouvoir et opposition dans un Gabon en transition.
Une chose est sûre : entre justice, politique et droits humains, le dossier Opiangah n’a pas fini de faire parler.
Justin Mbatchi