Interview exclusive/Brice Clotaire Oligui Nguema s’exprime sur Gabon Première : cap sur la transition

Invité de Gabon Première hier, le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est exprimé sur les avancées et les défis du processus en cours. Dans cet entretien exclusif, il a abordé des sujets clés tels que la gouvernance, les réformes institutionnelles, le calendrier électoral, etc. Une intervention attendue qui éclaire les Gabonais sur l’avenir du pays et les orientations stratégiques de la transition que votre média Gabon Quotidien vous livre dans son intégralité.
Journaliste : Monsieur le Président, pourquoi la presse locale a-t-elle si peu d’opportunités d’échanger directement avec vous ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Je peux répondre en deux volets. Premièrement, la presse locale ne m’a pas toujours sollicité pour des interviews. Deuxièmement, je suis un homme d’action. Depuis le 30 août 2023, nous avons pris des engagements, et j’ai fait le choix de privilégier le travail de terrain plutôt que les plateaux de télévision.
Journaliste : À votre arrivée au pouvoir, vous avez promis de restaurer les institutions du pays. Dix-neuf mois après, quel bilan faites-vous de cette restauration ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : La première étape de cette restauration a été la transition pacifique du 30 août 2023, sans effusion de sang. Je rends grâce à Dieu qui nous a accompagnés. Ensuite, nous avons mis en place un chronogramme de transition clair, qui inclut :
– Le dialogue national,
– L’adoption d’une nouvelle Constitution par référendum,
– L’élaboration d’un nouveau code électoral.
Nous avons respecté ces engagements et avancé dans la transition démocratique.
Journaliste : Pourtant, l’élection présidentielle a été anticipée alors qu’elle était prévue pour août 2025. Comment justifiez-vous cela ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : L’anticipation d’une élection n’est pas en contradiction avec le chronogramme, à partir du moment où nous avons mis en place les organes nécessaires pour assurer des élections libres, transparentes et apaisées. Aujourd’hui, la transition a permis d’établir un cadre électoral fiable. Il ne reste donc plus qu’à organiser le scrutin.
Journaliste : Vous aviez déclaré vouloir organiser des élections pour rendre le pouvoir. Certains vous reprochent de ne pas avoir exclu une éventuelle candidature. Qu’en est-il ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Dans mon discours du 4 septembre 2023, j’ai dit que nous organiserions des élections libres et transparentes afin de rendre le pouvoir. Mais cela ne signifie pas que j’avais exclu ma propre candidature. J’ai laissé une ouverture, car en démocratie, c’est le peuple qui décide. Si les Gabonais estiment que je dois continuer à servir le pays, je répondrai présent, tout en respectant les institutions et les lois.
Le bilan économique et social
Journaliste : Après 19 mois à la tête de l’État, que retenez-vous de votre action ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Mon bilan s’appuie sur des avancées concrètes :
– Éducation : nous avons payé les bourses et les rappels des fonctionnaires.
– Retraites : les rappels des retraités ont été réglés et une deuxième tranche sera bientôt versée.
– Défense et sécurité : augmentation des effectifs militaires à 26 500.
– Économie pétrolière : nous avons repris en main notre production pétrolière, qui est passée de 26 000 à 70 000 barils par jour, avec un objectif de 82 000 barils.
– Transports et infrastructures : création de Fly Gabon, relance des actifs de la SNBG, lancement de 417 taxis avec 400 autres à venir.
– Routes et logements : 1 950 km de routes construits, des écoles et des hôpitaux érigés, 300 logements livrés.
Journaliste : Malgré ces réalisations, la population subit toujours des délestages fréquents. Que comptez-vous faire ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Nous avons hérité d’un réseau électrique vétuste et sous-dimensionné. Libreville a besoin de 350 MW, mais ses équipements vieillissants ne fournissent que 200 MW. Nous avons donc fait appel à une société turque pour ajouter 70 MW, portant la capacité à 270 MW. Ce n’est pas encore suffisant, mais nous avançons avec :
– La construction de barrages hydroélectriques (comme celui de Kinguélé Aval),
– Le développement des énergies solaires et éoliennes,
– L’installation de nouvelles centrales thermiques.
Je demande aux Gabonais d’être patients, car ces infrastructures ne se construisent pas en un jour.
Les grands chantiers et leur financement
Journaliste : Certains chantiers semblent à l’arrêt, ce qui suscite des interrogations.
Brice Clotaire Oligui Nguema : Le pays est en plein chantier, au point que nous faisons face à des pénuries de ciment et de fer ! Contrairement aux rumeurs, les travaux avancent bien. Par exemple, la vallée Sainte-Marie est presque terminée, nous attendons seulement la pose des baies vitrées fabriquées au Gabon.
Journaliste : Certains opposants vous accusent d’utiliser les fonds publics à des fins personnelles ou politiques. Quelle est votre réponse ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Ces accusations sont infondées. Tous nos projets sont financés par le Trésor Public, grâce aux réformes économiques et à la lutte contre la corruption. Nous avons mis en place l’unicité des caisses et la digitalisation des finances publiques, ce qui nous a permis d’augmenter nos recettes.
Journaliste : Qu’en est-il de la situation financière du Gabon vis-à-vis des institutions internationales ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Nous avons respecté nos engagements internationaux. Aujourd’hui, nous avons réduit la dette intérieure de 1 450 milliards et nous avons obtenu des prêts à 6,99 % d’intérêt. Malgré cela, certaines agences de notation ont abaissé notre note, simplement parce que certains paiements ont été réalisés avec quelques jours de retard.
Les relations avec la France et la scène politique gabonaise
Journaliste : Certains disent que le coup d’État du 30 août 2023 a été validé par la France. Quelle est votre position ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Non, nous avons mené ce coup de libération seuls, sans demander l’aval de la France. Nos relations avec Paris restent bonnes, comme avec tous les États du monde. J’ai été invité à plusieurs reprises par le président Macron et nous avons échangé en toute transparence.
Journaliste : Sur le plan politique, vous avez lancé la plateforme Rassemblement des Bâtisseurs, composée principalement de jeunes. Pourquoi ce choix ?
Brice Clotaire Oligui Nguema : Je suis inclusif. Je n’ai pas de parti politique, pas d’association. Je veux que ce soit le peuple qui me soutienne.
Journaliste : Certains opposants, comme l’ancien Premier ministre, vous accusent d’être en pré-campagne et d’utiliser les fonds publics pour vos déplacements.
Brice Clotaire Oligui Nguema : Mes déplacements sont liés à mes fonctions de président. Je suis sur le terrain pour superviser les chantiers et répondre aux préoccupations des Gabonais. Ce n’est pas de la pré-campagne, c’est du travail.
Par Justin Mbatchi