Editorial : Réformer la SEEG pour un Gabon à la hauteur de ses ambitions

 Editorial : Réformer la SEEG pour un Gabon à la hauteur de ses ambitions

Le récent scandale qui a éclaté au sein de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) a une fois de plus mis en lumière les dysfonctionnements chroniques d’une entreprise dont les services sont pourtant essentiels au quotidien des Gabonais. Face aux délestages récurrents et à une qualité de service en constante dégradation, le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réagi avec fermeté en ordonnant un audit rigoureux et en promettant que tous les responsables de ces actes préjudiciables seront traduits en justice. Cette initiative est saluée par beaucoup, mais elle ne doit être que le point de départ d’une réforme plus profonde et plus ambitieuse.

La SEEG : Une Société à bout de souffle

Depuis des décennies, la SEEG accumule les défaillances. Le service fourni aux usagers est régulièrement interrompu par des délestages intempestifs, laissant des quartiers entiers sans électricité pendant des heures, voire des jours. L’accès à l’eau, autre service clé de la SEEG, est également marqué par des interruptions fréquentes, plongeant de nombreuses familles dans des situations précaires. Ces dysfonctionnements ont des conséquences graves sur la vie des Gabonais, affectant non seulement leur confort quotidien, mais aussi leur santé, leur sécurité, et leur productivité.

Les augmentations tarifaires successives, souvent perçues comme injustifiées, ne font qu’ajouter au mécontentement général. Les usagers voient leurs factures s’alourdir sans constater d’amélioration notable dans la qualité des services. Il devient évident que la SEEG, dans son état actuel, est incapable de répondre aux attentes de la population et d’accompagner le développement économique du pays.

Un diagnostic nécessaire : L’Audit comme première étape

L’audit ordonné par le Président Oligui Nguema est une mesure nécessaire pour faire la lumière sur les dysfonctionnements internes de la SEEG. Cet exercice doit permettre d’identifier les failles dans la gestion de l’entreprise, les pratiques déviantes, et les éventuels détournements de fonds qui pourraient expliquer la situation actuelle. L’engagement pris de traduire en justice les coupables d’actes préjudiciables est un signal fort envoyé à tous ceux qui seraient tentés d’abuser de leur position au détriment du bien public.

Cependant, il est important que cet audit ne se limite pas à une simple chasse aux coupables. Il doit également déboucher sur des recommandations concrètes pour une refonte en profondeur de la SEEG. L’objectif doit être de restaurer la confiance des usagers en garantissant la transparence, l’efficacité, et la responsabilité dans la gestion des services publics.

Vers une restructuration ambitieuse

Les problèmes de la SEEG sont systémiques et appellent à une restructuration en profondeur. Il ne s’agit pas seulement de changer quelques têtes ou de punir les fautifs, mais de repenser totalement le modèle de gestion de l’entreprise. Cela pourrait passer par une meilleure régulation, une modernisation des infrastructures, et une optimisation des processus de production et de distribution.

Une option à considérer serait la diversification des sources d’énergie pour réduire la dépendance aux centrales vieillissantes et vulnérables aux pannes. Le Gabon dispose d’un potentiel considérable en matière d’énergie renouvelable, notamment hydroélectrique et solaire, qui pourrait être exploité pour garantir une fourniture d’électricité stable et durable.

De plus, il serait judicieux d’envisager une ouverture du capital de la SEEG à des investisseurs privés, tout en maintenant un contrôle public suffisant pour s’assurer que les intérêts des Gabonais restent au cœur des priorités. Une telle démarche pourrait apporter les financements nécessaires pour moderniser les infrastructures et améliorer la qualité des services.

Une réforme structurelle pour un Gabon moderne

Au-delà de la SEEG, la situation actuelle doit être perçue comme un symptôme des dysfonctionnements plus larges au sein des institutions publiques gabonaises. Le pays est à un tournant de son histoire, où il est impératif d’engager des réformes structurelles ambitieuses pour moderniser ses services publics et répondre aux défis du XXIe siècle. Cela nécessite une vision claire et un engagement ferme à mettre en œuvre des changements profonds, même s’ils peuvent être douloureux à court terme.

Les services publics, y compris l’énergie et l’eau, sont des piliers essentiels du développement national. Leur inefficacité actuelle constitue un frein majeur à la croissance économique et à l’amélioration des conditions de vie des Gabonais. Si le Gabon veut véritablement atteindre son essor et s’intégrer pleinement dans la dynamique mondiale, il doit se doter de services publics performants, transparents, et adaptés aux besoins de sa population.

Une Opportunité de Transformation

La crise actuelle au sein de la SEEG doit être perçue comme une opportunité de transformation. Le Président Oligui Nguema a montré sa détermination à remettre de l’ordre, mais il ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Une refonte radicale de la SEEG et, par extension, de l’ensemble des services publics gabonais, est indispensable pour garantir un avenir prospère et équitable à tous les Gabonais.

Il est temps de bâtir un Gabon qui réponde aux aspirations de son peuple et qui soit à la hauteur des défis mondiaux. Cela passe par des réformes audacieuses, une gouvernance exemplaire, et une volonté collective de mettre l’intérêt général au-dessus des intérêts particuliers. Le moment est venu pour le Gabon de prendre un nouveau départ.

 

Justin Mbatchi 

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